Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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Une  table  chargée  de  rafraîchissements  et  de  fruits  nous  attendait  dans

ie  jardin.  Sur  la  route,  l’animation  croissait,  les  chars  défilaient  au  trot,
attelés  la  plupart  de  quatre  vigoureux  chevaux  suivis  de  poulains  gambadant ­
  en  liberté,  une  clochette  au  cou.  Bêtes,  charrettes  et  gens  s’écoulaient
avec  un  grand  bruit.  De  l’autre  côté  de  la  chaussée,  sur  un  tertre  ombragé
de  chênes,  des  sons  de  violons  et  de  cymbalum  descendaient  d’une  auberge,
vifs  et  mélodieux.
—  Si  nous  allions  voir  danser  les  paysans?  proposèrent  les  dames.
—  L’idée  est  excellente,  répondit  M.  S...  en  se  levant,  donnant  lui-même
le  signal  du  départ.
Les  jours  de  foire,  les  dimanches  et  fêtes,  on  danse  partout  en  Hongrie.
Nous  arrivâmes  à  l’auberge  au  moment  où  les  musiciens  tziganes  attaquaient ­
  les  premières  mesures  d’une  csardas.  La  csardas  (tchardach)  est

b  Allemand.  G  est  la  danse  nationale  et  populaire.  Des  paysans  qui  avaient

prenant  leur  danseuse  par  la  taille,  ils  Vembrassaient  en  poussant  des
exclamations  de  joie,  la  faisaient  pirouetter  et  tourbillonner  avec  une
exaltation  croissante,  la  quittaient,  la  ressaisissaient  et  la  soulevaient  avec
des  attitudes  plus  hardies  ;  puis  tout  à  coup  cette  fiévreuse  ardeur  tombait
comme  un  vent  qui  change.  Alors,  mollement,  avec  des  gestes  pleins  de
langueur,  les  danseuses  prenaient  des  attitudes  d’aimées;  mais,  soudain,
la  flamme  se  rallumait,  l’enthousiasme  éclatait  de  nouveau  en  transports
ardents,  et  les  danseurs,  dans  le  paroxysme  de  leur  ivresse,  se  baisaient ­
  sur  l’épaule,  se  frappaient  la  nuque  de  leurs  mains  crispées,  en
poussant  des  cris  gutturaux  et  stridents.  Ge  n’est  pas  dans  les  villes,
c  est  dans  les  campagnes  qu’il  faut  voir  danser  la  vraie  danse  magyaie,
la  csardas,  qui  peint  si  bien  dans  ses  vivantes  couleurs  le  caractère  et

Un  électeur  hongrois.

pour  le  Hongrois  ce  que  la  polonaise  est  pour  le  Polonais  et  la  valse  pour

déposé  leur  sac  et  leur  bâton  dans  un  coin,  dansaient  avec  toute  la  fougue
de  la  passion.  Ils  tournaient  d’abord  en  entre-choquant  leurs  talons,  puis

les  mœurs  de  ce  peuple,  sa  fougue,  ses  élans  passionnés,  ses  abatte
            
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