Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

Le  Tzigane  a  horreur  de  la  contrainte,  du  travail,  de  tout  ce  qui  lie
l’homme  au  sol  et  circonscrit  le  cercle  de  son  activité  et  de  ses  mouvements.
Aussi  la  langue  des  Bohémiens  n’a-t-elle  pas  d’expression  pour  dire  :  demeurer. ­
  La  plupart  des  métiers  qu’ils  exercent  sont  des  métiers  ambulants  :  ils
sont  maquignons,  vétérinaires,  rétameurs,  maréchaux,  cloutiers,  montreurs
d’ours,  et  avant  tout,  mendiants.
Quand  vous  passez  en  voiture  sur  une  route  hongroise,  vous  voyez  tout  à
coup  déboucher  des  buissons  derrière  lesquels  ils  campent,  des  Tziganes
nus  et  beaux  comme  des  bronzes  antiques,  et  qui  vous  suivent  en  faisant  la
roue,  quelquefois  pendant  une  demi-heure,  jusqu’à  ce  que  vous  leur  ayez
jeté  une  pièce  de  monnaie.  Dans  les  rues  des  villes,  les  vieilles  Bohémiennes
à  qui  vous  faites  l’aumône  vous  disent  avec  effusion:  «  Ah!  mon  beau,
mon  cher,  mon  noble  gentilhomme,  vous  êtes  bon  comme  une  croûte  de
pain.  »
Le  Tzigane  s’est  lui-même  donné  le  nom  de  «  pauvre  homme  »  (Tsc/iorelo
rom).  La  mendicité  est  une  habitude  si  enracinée  chez  eux,  que  les  riches
Bohémiens  qu’on  rencontre  conduisant  des  chevaux  de  race,  et  portant  des
bijoux,  des  chaînes  d’or  et  des  bagues,  des  cannes  à  pomme  d’argent,  ne
peuvent  s’empêcher  de  vous  tendre  la  main.  Leurs  femmes  disent  la  bonne
aventure,  vendent  des  philtres,  ou  exercent  le  métier  de  saltimbanques  el
de  bayadères.
Les  Bohémiens  remplissent  aussi  volontiers  les  fonctions  de  bourreau  ou
de  valet  de  bourreau,  et  ils  s’entendent  mieux  que  personne  à  inventer  et
à  varier  les  tortures.
On  avait  offert  un  jour  cinq  florins  à  un  Tzigane  pour  pendre  un  criminel
condamné  à  mort.
—  Oh!  c’est  beaucoup  trop,  s’écria  le  Bohémien  en  s’adressant  aux  juges;
pour  cinq  florins,  je  me  charge  bien  de  pendre  tous  ces  messieurs.
Il  est  rare  que  le  Tzigane  se  fasse  comédien.  Il  y  en  a  cependant  qui
montrent  des  théâtres  de  marionnettes  et  composent  les  pièces  populaires
qu’ils  jouent.
Les  gens  de  la  campagne  croient  encore  que  les  Tziganes  peuvent,  au
moyen  de  formules  magiques,  éteindre  les  incendies,  préserver  les  maisons
du  feu,  découvrir  les  sources  et  les  trésors,  et  guérir  les  maladies.  Ils  sont
surtout  d’habiles  maquignons,  connaissant  à  fond  l’art  de  rendre  la  vigueur
et  la  souplesse  à  une  vieille  rosse  poussive.  Joseph  II  leur  interdit  d’une
manière  absolue  le  commerce  des  chevaux  '.  On  me  montra  un  jour  dans
1  E(/uis  uti  nulli  Zingarorum,  prœter  aurigalores,  licitum  est  sed  et  his  pennutaliunes  interdicta? ­
  sunt.
            
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