Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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ressemblent  à  celui  du  prince  Esterhazy,  qui  a  été  construit  sur  le
modèle  du  château  de  Versailles.  On  sait  que  Marie-Thérèse  y  venait  quelquefois ­
  en  villégiature,  et  qu’on  bâtit  en  son  honneur  un  pavillon  de
plaisance  dans  le  parc,  ou  l’on  donnait  des  fêtes  pastorales.  L  Impératrice
demanda  un  jour  à  son  hôte  combien  ce  pavillon  lui  avait  coûté.
—  Quatre-vingt  mille  florins,  lui  répondit-il.
—  Oh!  pour  vous,  prince,  c’est  une  bagatelle,  répondit  l’Impératrice.
En  revenant  le  lendemain,  Marie-Thérèse  trouva  le  mot  :  Bagatelle,
inscrit  en  lettres  d’or  au  fronton  du  pavillon.
Il  y  a  dans  cet  édifice  une  salle  d’où  l’on  entend  un  orchestre  jouant  à
l’étage  au-dessus,  comme  s’il  jouait  dans  la  salle  même.  L  Impératrice  fut
très-surprise  d  entendre  cette  musique,  qui  semblait  descendre  du  ciel.
Haydn  était  alors  maître  de  chapelle  du  prince  Esterhazy;  il  dirigea
pendant  plus  de  trente  ans  1  orchestre  qui  jouait  au  château,  à  l’heure  des
repas.  Le  prince  avait  aussi  engagé  des  artistes  italiens  pour  lui  chanter
l’opéra.  Ses  antichambres  regorgeaient  de  laquais  en  brillante  livrée,  et
ses  châteaux  étaient  gardés  par  cent  cinquante  grenadiers  qui  lui  servaient
de  garde  d’honneur  dans  les  grandes  occasions.  Les  terres  que  possédait
le  prince  Esterhazy  avaient  1  étendue  du  royaume  de  Wurtemberg.  Elles
renfermaient  cent  trente  villages,  quarante  villes  et  trente-quatre  châteaux.
Les  revenus  de  cette  immense  propriété  étaient  d  environ  quarante  millions
de  florins.
A  cette  époque,  —  il  y  a  environ  soixante-dix  ans,  —  les  demeures
des  magnats  ressemblaient  à  de  petites  cours.  Ils  étaient  maîtres  absolus
sur  leurs  terres.
Aujourd’hui,  F  aristocratie  hongroise  n’a  plus  rien  dans  ses  châteaux  ni
dans  ses  mœurs  qui  rappelle  le  moyen  âge,  ou  seulement  son  faste  du  commencement ­
  de  ce  siècle.  Elle  habite  des  maisons  très-bourgeoises  d’aspect,
n  ayant  de  seigneurial  que  leur  large  hospitalité.  L’étranger  et  F  indigène  y
sont  accueillis  avec  le  même  empressement,  et  invités  comme  des  amis  à  la
table  de  famille.
A  peine  votre  voiture  est-elle  entrée  dans  la  cour  d’un  de  ces  châteaux,
que,  sans  qu’on  vous  demande  qui  vous  êtes  ni  ce  que  vous  voulez,
avant  même  que  le  maître  de  la  maison  vous  ait  vu,  une  légion  de  domestiques ­
  accourt  pour  s’emparer  de  vos  bagages  et  les  transporter  dans  une
des  chambres  toujours  préparées  pour  recevoir  les  hôtes.
Il  est  midi,  la  cloche  sonne  le  dîner.  On  vous  fait  asseoir  a  une  grande
table,  autour  de  laquelle  dix  à  vingt  personnes  viennent  prendre  place.  On
met  toujours  trois  ou  quatre  couverts  de  plus  pour  ceux  qui  pourraient
            
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