Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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la  fraîcheur  qui  circule  sur  les  mousses,  vous  fortifient  et  vous  réconfortent:
le  recueillement  de  sanctuaire  qui  vous  enveloppe,  ces  effluves  de  clartés
qui  tombent  comme  des  étoiles  perdues  dans  la  noirceur  des  branches,  ces
filtrations  de  jour  qui  laquent  les  feuilles,  et  leur  donnent  des  reflets  de
vieille  orfèvrerie,  cette  ombre  mystique,  teintée  de  rose,  de  bleu,  de  jaune,
comme  par  des  vitraux  invisibles  ;  toute  cette  splendeur  et  cette  richesse  de
décors  vaguement  entrevus,  cette  paix  profonde  succédant  aux  images
rêvées  de  bataille,  aux  troncs  torturés  et  grimaçants  :  tout  cela  vous  repose
et  vous  berce  de  songeries.  Gomme  on  comprend  le  poëte  qui  a  dit  :
«  Dans  la  forêt,  les  songes  légers  volent  et  se  posent  sous  chaque  feuille.  »
De  temps  en  temps,  sur  la  lisière  du  bois,  un  cerf  fuyait  en  galopant  comme
un  cheval.  Le  gibier  foisonne  dans  ces  futaies  et  ces  fourrés  impénétrables,
dans  cette  forêt  où  la  nature  a  aussitôt  réparé  les  brèches,  bien  rares,  qu’y
pratique  la  cognée.  Il  n’est  d  ailleurs  ni  aisé,  ni  prudent  d’y  pénétrer.  Un
chasseur  qui  s’aventurerait  seul  dans  ces  retraites  inconnues,  dans  ces  profondeurs ­
  sans  fin,  risquerait  ou  de  se  perdre,  ou  de  tomber  au  milieu
d’un  campement  de  brigands.  La  forêt  de  Bakony,  avec  ses  coins  inaccessibles, ­
  ses  labyrinthes  de  forêt  vierge,  semble  avoir  été  faite  exprès  pour
servir  de  refuge  et  de  repaire  aux  bandits.  Entrecoupée  de  vallées  tortueuses, ­
  elle  est  pleine  de  grottes  et  de  cavernes  naturelles,  où  la  température, ­
  été  comme  hiver,  ne  varie  presque  pas,  et  où  se  réfugient  tous  ceux
qui  sont  en  guerre  avec  la  société.
De  tout  temps  le  brigandage  fut  une  des  plaies  de  la  Hongrie;  le  Corpus
juris  de  ce  pays  est  rempli  de  lois  pénales  contre  l’assassinat,  le  pillage  et  le
vol.  Du  treizième  au  quinzième  siècle,  la  noblesse,  retranchée  dans  ses
châteaux  forts,  exerçait  elle-même  1  industrie  des  chevaliers  de  grand
chemin.  Elle  enrôlait,  pour  ses  expéditions,  des  paysans,  des  pâtres,  des
bergers.  Le  succès  de  ces  «  nobles  »  entreprises  tenta  jusqu’à  des  villes
libres,  qui  érigèrent  le  brigandage  à  la  hauteur  d’une  institution.  Ces
désordres  sont  signalés  non-seulement  à  l’époque  des  guerres  intestines,
mais  aussi  pendant  le  règne  si  florissant  de  Mathias  Corvin.  Un  décret,  que
contresigna  ce  grand  roi,  dit  :  «  Pendant  notre  longue  absence,  le  nombre  des
criminels  s  est  tellement  accru,  que  plus  personne  n’est  en  sûreté  ni  sur
les  routes,  ni  dans  sa  propre  maison.  »  Mais  les  plus  sévères  édits  furent
impuissants  à  réprimer  cette  fièvre  de  rapine  qui  s’était  emparée  de  tout  le
pays.  Les  bandes  armées,  opérant  sous  la  conduite  de  chefs  habiles  et
redoutables,  anéantirent  plusieurs  villages  et  étendirent  leurs  opérations
pisqu  en  Moravie  et  en  Silésie.  Au  seizième  et  au  dix-septième  siècle,
les  brigands  étaient  encore  établis  en  maîtres  dans  certaines  localités.
            
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