Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE

soir,  Sa  Majesté  y  rassemble  ses  invités  et  préside  à  la  réunion  avec  le
double  charme  de  l’esprit  et  de  la  grâce.
Une  dépendance  spéciale  a  été  construite  pour  la  meute  royale,  qui  se
compose  de  soixante  chiens  de  même  race,  de  même  taille  et  de  même
manteau,  noir,  jaune  et  blanc.  La  cuisine,  la  chambre  de  bains,  le  chenildortoir,
  tout  cela  est  tenu  avec  une  propreté  et  un  soin  sans  pareils.  S’il
faut  en  croire  les  indiscrétions  d’un  visiteur,  à  six  heures,  chaque  matin,
un  piqueur  réveille  cette  garnison  canine  ;  il  a  une  telle  habitude  de  sortir
avec  ses  chiens  qu’il  les  reconnaît  tous  et  les  appelle  par  leur  nom  ;  chaque
matin  il  l'ait  avec  eux  une  longue  promenade,  pendant  laquelle  aucun
chien  ne  s’éloigne  de  la  meute.  L’après-midi,  les  chiens  impériaux  font
une  seconde  promenade  avec  leur  piqueur.  A  quatre  heures,  dîner  commun. ­
  Pendant  qu’on  le  prépare,  les  chiens  sont  enfermés  dans  le  dortoir.
Le  piqueur  y  entre  le  fouet  levé;  ses  sujets  l’accueillent  avec  enthousiasme,
mais  aucun  ne  franchit  la  porte  avant  sa  permission.  A  un  signal,  la  meute
se  précipite  dans  le  réfectoire,  où  est  servi  un  dîner  composé  de  viande
et  de  farine  de  mais  bouillie.  En  peu  de  minutes  le  dîner  est  dévoré.  A  la
tombée  de  la  nuit,  le  piqueur  fait  claquer  son  fouet;  c’est  la  retraite  de  la
gent  canine,  qui  rentre  dans  le  dortoir  commun.
L’automne  dernier,  la  reine  était  allée  chasser  dans  la  puszta  de  San-Mihaly.
  On  avait  pris  rendez-vous  chez  un  fermier  dont  la  maison,  trèsproprement
  tenue,  a  eu  mainte  fois  les  honneurs  d’une  visite  royale.
En  courant  sous  bois,  l’auguste  chasseresse  fit  à  son  amazone  une  déchirure ­
  qu’il  était  urgent  de  réparer.  Elle  devança  l’heure  et  arriva  seule  au
rendez-vous  de  chasse.
Au  moment  où,  dans  la  chambrette  de  la  fermière,  la  reine  achevait ­
  de  rajuster  son  vêtement,  on  frappa  brusquement  à  la  porte  de  l’habitation. ­

La  paysanne  ouvre,  pensant  que  c’est  la  suite  impériale  qui  vient  rejoindre ­
  la  souveraine.
—  Sa  Majesté  est  déjà  arrivée,  dit  la  brave  femme  à  l’homme  coiffé  d’une
casquette  galonnée  quelle  voit  devant  elle...  Sa  Majesté  est  dans  cette
chambre...
—  Dans  cette  chambre?  fit  l’homme  avec  un  sourire  malin  et  incrédule.
C’est  bien  ;  ouvrez  !
—  Mais  qui  êtes-vous  donc,  pour  oser  pénétrer  ainsi  chez  la  reine?
—  Allons  donc,  vous  vous  moquez  de  moi  !
Et  s’approchant  de  la  porte  qui  lui  avait  été  indiquée,  il  secoue  violem-
            
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