Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUI5E.

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s’y  cache,  semblable  à  une  émeraude  enchâssée  dans  du  corail,  déroulent
leur  végétation  aux  mille  dessins  et  aux  mille  couleurs,  aux  tons  chauds  de
soie  brochée,  aux  merveilleuses  combinaisons  de  teintes  des  tapis  d’Orient,
aux  effets  simples  et  variés  des  tapisseries  anciennes.  Sur  tous  ces  pétales,
ces  étamines  d’or,  dans  tous  ces  calices  aux  formes  étranges,  il  y  a  des
reflets  d’astres,  des  cassures  de  satin,  des  chatoiements  de  plumages,  des
scintillements  de  pierres  précieuses,  des  miroitements  d’eau,  des  poudroiements ­
  de  soleil.  Plusieurs  de  ces  plantes  valent  réellement  leur  pesant  d’or.
Pt  partout  des  roses  ouvrent  leur  bouche  vermeille,  dans  les  coins  d’ombre,
comme  si  elles  avaient  des  secrets  à  se  dire  ou  des  histoires  à  se  conter.  Des
lys,  dans  leur  robe  blanche,  ressemblent  à  un  groupe  de  jeunes  communiantes.
  Des  jasmins  exhalent  leur  âme  parfumée  au  milieu  des  branches
d’un  sumac.  Des  lianes  se  balancent  d’un  arbre  à  l’autre,  des  oiseaux  aux
plumes  diaprées  s’y  suspendent,  pareils  à  de  petits  acrobates  dans  leur  costume ­
  de  parade;  et  les  plantes  grimpantes  qui  s’accrochent  partout  retombent
en  cascade  fleurie  et  parfumée,  toute  rose,  toute  bleue  ou  toute  blanche.
ici  une  allée  de  sapins  vous  conduit  dans  une  forêt  rayée  de  lumière
comme  les  arceaux  et  les  piliers  d’une  cathédrale  gothique  éclairée  par  le
jour  tamisé  de  ses  vitraux.  Là  serpentent  des  sentiers  pleins  d’intimité;
plus  loin,  c’est  un  étang  qu’on  rencontre,  ou  les  nénufars  épanouissent
leurs  étoiles  satinées  comme  si  l’eau  reflétait  le  ciel  étoilé;  à  côté  de  ces
fleurs  se  tiennent,  immobiles,  dans  une  attitude  d’extase,  des  grenouilles
en  maillot  vert  et  aux  yeux  cerclés  d’or;  et,  au  bout  de  toutes  ces  avenues,
de  tous  ces  chemins,  de  toutes  ces  clairières,  de  toutes  ces  pelouses,  la
majestueuse  perspective  de  la  mer  s  ajoute  à  la  grâce,  à  la  beauté,  à  l’imprévu ­
  du  paysage.  Malheureusement,  devant  ce  festin  des  yeux,  au  milieu
de  cette  fête  de  l’âme,  dans  cette  vaste  exhalaison  des  plus  capiteux  parfums, ­
  la  villa  Angelica,  les  portes  closes,  les  persiennes  fermées,  muette,
comme  frappée  de  mort,  vous  fait  l’effet  d’un  cercueil  oublié  dans  un  jardin
qui  l’a  recouvert  et  drapé  de  ses  verdures  et  de  ses  fleurs.
Nous  nous  assîmes  pendant  quelques  instants  sur  une  terrasse  au  pied
de  laquelle  les  flots  venaient  s  amortir  languissamment  ;  nous  écoutions  le
rhythme  mélancolique  des  vagues  expirantes,  et  nos  regards  embrassaient
d’un  seul  coup  d'œil  un  des  plus  beaux  spectacles  dont  nous  nous  soyons
jamais  délecté.  En  face  de  nous  s  avançait  la  pointe  de  l  ile  de  Clierso;  a
droite  se  déployait  en  lignes  onduleuses  tout  ce  magnifique  littoral,  moucheté ­
  de  blancs  villages  jetés  au  bord  de  la  mer  ou  sur  le  penchant  des  collines, ­
  et  qui  portent  les  noms  mélodieux  d  Ika,  Lovrana,  Cesara,  Moscheni/.ze,
  Fi  an  on  a.
            
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