Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA  HONGRIE

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ment  rauque  de  grands  soufflets,  un  immense  bourdonnement  de  travail
mêlé  aux  grincements  stridents  des  limes,  au  cliquetis  des  barres  de  fer,
aux  coups  de  dent  sourds  et  monotones  des  machines  mâchant  l'acier.
Là-bas,  flottaient  des  nappes  de  feu,  se  répandaient  des  coulées  rouges
d  incendie;  près  de  nous,  traînaient  à  terre  des  outils  étranges,  semblables
à  des  reptiles  et  à  des  animaux  monstrueux.  Des  tubes  d’acier  ouvraient
leur  gueule  de  baleine  comme  pour  nous  happer  au  passage.  Toutes  ces
forges  allumées  avaient  des  reflets  crus  et  tournants  de  phare  ;  elles  plaquaient ­
  de  grandes  lueurs  vivantes  sur  les  murs  noircis  de  poussière,  de
fumée  et  de  charbon,  et  mettaient  autour  des  figures  farouches  de  ceux
qui  s’agitaient  dans  leur  foyer,  des  auréoles  fugitives  et  changeantes.  Nous
avancions  au  milieu  des  gerbes  d’étincelles  et  des  éclaboussures  d’étoiles
que  les  enclumes  projetaient  de  tous  côtés  comme  des  fusées.  Une  forte
odeur  de  limaille  et  de  suie  remplissait  l’air.
Les  ouvriers  travaillent  par  section  à  la  confection  des  mômes  pièces.
Ceux-ci  font  la  tète,  ceux-là  le  ventre  ou  la  queue  de  la  torpille.  Dans  un  compartiment ­
  séparé,  enveloppé  de  mystère  comme  le  laboratoire  d’un  alchimiste, ­
  un  ouvrier  seul  est  enfermé,  n  ouvrant  qu’à  la  voix  de  M.  Whitehead
ou  de  M.  Hoyos.  C’est  lui  qui  est  chargé  de  monter  b  ingénieux  mécanisme
destiné  à  régler  la  marche  de  la  torpille  à  une  égale  profondeur,  —  mécanisme ­
  qui  est  encore,  comme  je  l’ai  déjà  dit,  le  secret  de  l’inventeur.
Nous  sortîmes  dans  une  cour  pavée  de  scories  ferrugineuses,  ouverte
sur  la  mer.  M.  le  comte  Hoyos  me  montra  d’épais  filets  en  fil  de  fer,
déchirés  et  traversés  de  part  en  part  comme  des  obus  :  «  Vous  voyez,  me
dit-il,  que  ces  filets,  avec  lesquels  on  croyait  pouvoir  préserver  les  navires
contre  les  torpilles,  ne  servent  pas  à  grand’chose.  »  Puis  il  me  conduisit
devant  le  modèle  d'un  petit  brûlot,  construit  par  le  capitaine  de  frégate
Luppis,  Fiuman  d’origine.
—  La  torpille,  me  dit  M.  Hoyos,  tire  son  origine  de  cette  petite  chaloupe, ­
  qui  devait,  d’après  le  plan  de  son  inventeur,  servir  à  la  défense
des  côtes  en  temps  de  guerre.  Ce  fut  en  I860  que  le  public  entendit  parler
poui  la  piemieie  lois  de  cette  m\ention,  mais  vainement  son  constructeur,
M.  Luppis,  s’adressa  au  ministère  de  la  marine  autrichienne,  qui  lui  fit
toujours  la  même  réponse  :  «  Trouvez  avant  tout  le  moyen  de  régler  la
marche  et  la  direction  de  votre  chaloupe.  »  Or,  M.  Luppis  n’avait  trouvé
que  des  cordes  pour  diriger,  du  rivage,  son  brûlot  à  droite  ou  à  gauche,
et  il  n’avait,  pour  le  mettre  en  mouvement,  qu’un  simple  mécanisme  d’horlogerie ­
  et  un  appareil  à  pétrole.  C’était  insuffisant.  Mais  vous  allez  voir
comment  une  idée  en  engendre  une  autre.
            
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