ARMATEURS ET CONSTRUCTEURS. II7
prix nous oppose-t-on? Toujours le plus bas parmi toutes
les offres reçues, lors même qu’il émanerait d’un chantier
de second ordre et se rapporterait à une spécification moins
complète et à des conditions moins rigoureuses. Les prix
anglais sont en eilet très différents entre eux. Ainsi, pour un
paquebot de 4,000 tonnes, les offres de dix chantiers diffé
rents ont varié de i,3i6,ooo à 1,682,000 fr., ce qui repré
sente une différence de plus de 20 p. 100.
« Ce qu’on appelle le prix anglais n’est donc pas en géné
ral bien déterminé et la comparaison ainsi faite est souvent
loin d’être équitable.
« Le prix français, au contraire, varie très peu parce que
les conditions d’exécution sont sensiblement les mêmes dans
les deux ou trois chantiers de construction navale et (jue
partout les prix sont établis sans marge, c’est-à-dire très
voisins du prix de revient et souvent un peu au-dessous de
ce prix. Nous sommes loin, en effet, de jouir des avantages
rlont dispose l’Angleterre pour l’économie et la rapidité des
constructions. Nous n’avons pas en France une industrie
aiétallurgique aussi puissante capable de livrer quinze jours
après commande les matières nécessaires à la construction
il’un navire; il n’existe pas de constructeurs spéciaux pour
livrer immédiatement les appareils et organes accessoires.
Enfin, et c’est là une réelle infériorité dont nous évitons en
général de parler, le rendement de la journée de l’ouvrier
est bien moindre. Ainsi une équipe de riveurs, chez nous,
Inrs même qu’elle travaille à la tâche à un tarif avantageux,
ne met en place par journée de dix heures que i5o rivets,
tandis qu’une équipe anglaise, composée du même nombre
d’hommes, parvient à en placer 260 ou plus encore. Et nous
sommes impuissants contre cet état de choses, le recrute-
nient de notre personnel ouvrier n’étant pas assez assuré
pour exciter l’émulation par la crainte du congédiement;