LES CHANTIERS DE LA TYNE ET DE LA WEAR. 2^5
d’ailleurs parfailemeut malpropres, qui font le service entre
North-Shields, Tynemouth et Newcastle.
La Tyiie est tout le contraire d’un fleuve limpide. Sur ses
eaux d’une couleur indéfinissable — mi-jaune, mi-marroii —
flottent toutes sortes d’objets; mais, tandis que, sur la Seine,
les bouchons forment assurément le qros bataillon des épaves
errantes, il semble bien ici que dominent les bouts de bois,
les brins de chanvre et de coton, les chilfons qraisseux, dé
tritus innombrables des usines et des fabriques voisines.
Les quais ont un aspect misérable et industriel à la fois;
aucune belle bâtisse n’y tranche sur la pauvreté des cons
tructions environnantes. Tout y est sacrifié à l’utile et rien à
l’aqréable ; les maisons sont d’un noir d’encre ; la robustesse
de ton des bricpies ne résiste jamais plus d’une année, dans
cette partie liasse de Newcastle, aux couches successives
des poussières fuliqineuses généreusement déversées sur la
cité par les multiples cheminées qui ouvrent au-dessus d’elle
leur perpétuel vomitoire.
D’énormes grues, des pontons, des estacados en bois per
mettent le chargement commode de la flotte charbonnière
du Northumberland, dont les navires vont approvisionner
l’Occident de l’Europe, apporter, rien (pi’en provenance du
seul port de Newcastle, 1,700,000 tonnes de charbon et de
coke à l’Allemagne, i ,200,000 à la France, goo,ooo à la
Russie, i,fioo,ooo à l’Italie et à Malte — se rendent eidin
jusque dans l’Amérique du Sud, les Indes et l’Australie,
Les docks sont noirs et sales — mais commodes et bien à
portée ; le remplissage d’un cargo s’y opère avec beaucoup
plus de rapidité que dans la plupart de nos ports français.
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Au sortir de Newcastle, la Tyne apparaît avec le caractère
qu’elle conservera constamment jusqu’à son embouchure: