368 F,N AFRIQUE. — LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER.
des erreurs à réparer. Mais l’expérience était délicate et
comportait de tels tâtonnements. Avec ses imperfections,
qui seront des leçons pour l’avenir, l’œuvre accomplie par
la France en Algérie a excité l’admiration des étrangers,
sinon des Français, qui mettent une sorte de point d'hon
neur à se dénigrer. L’assimilation des Arabes musulmans
avec les Français chrétiens s’est poursuivie d’année en
année, parce que les premiers ont senti la force des seconds
et que les Musulmans, fatalistes, ont le respect de la force.
Aussi bien, ils se sentent plus heureux sous le régime nou
veau, plus sûrs de leurs richesses, de leurs troupeaux ; ils
apprennent le chemin des écoles françaises ; ils font de
bons soldats français. Chez ce peuple naturellement guer
rier, l’admission dans les rangs et dans les grades de l’ar
mée française peut faire beaucoup pour la fusion définitive.
Pour notre empire surtout africain, qui sait si l’armée colo
niale que nous aurons un jour n’empruntera pas à cette
race ses meilleurs éléments, si alors les Arabes d’Algérie,
sous des chefs français, soldats de la civilisation et non
plus du fanatisme, ne seront pas l’instrument essentiel delà
grandeur française en Afrique ? Les Russes aussi ont rangé
les cavaliers turcomans sous leurs bannières.
Depuis la soumission d’Abd-el-Kader, les intérêts fran
çais se sont développés en Afrique, d’abord avec quelque
lenteur. Pendant le second empire, surtout dans l’inter
valle des guerres de Crimée et d'Italie, les armées de Napo
léon III continuèrent la conquête du pays, et, à côté de la
population arabe, rencontrèrent la race primitive des Ber
bères, réfugiés au temps de la conquête musulmane dans
les montagnes de la Kabylie et peu à peu convertis à l’Is
lam. Leur hostilité violente pouvait être dangereuse dans
le voisinage d’Alger. Il fallut pour les soumettre toute l’ha
bileté et toute la bravoure des généraux Randon et Mac-
Mahon. On construisit au milieu du pays le Fort impérial —
aujourd’hui Fort national — pour les tenir en respect.
Maintes fois encore, quelques tribus berbères ou arabes se
sont révoltées contre la domination française, notamment
au lendemain de la guerre de 1870 ; mais à aucun moment
cette domination n’a été sérieusement compromise, et dès
lors l’Algérie a pu, non seulement être livrée à une coloni
sation très active, mais devenir encore le point de départ
de nouveaux progrès de rinfluence française.
C’est aussi sous le second empire que le Sénégal s’éleva