LE RÔLE DE LA MARINE MARCHANDE.
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ne colonise pas, au sens propre du mot, quand la natalité
diminue dans un pays ou du moins n’auqmente pas. C’est
quand les populations ne trouvent plus de place chez elles
(pi’elles débordent naturellement au dehors et se répandent
d’elles-mômes sur le monde. La France pourra planter son
drapeau sur beaucoup de continents, elle pourra occuper
beaucoiq) de territoires, elle ne pourra que se créer beau
coup de sources nouvelles d’embarras. »
Je trouve excessif, pour ma part, le jugement de M. de
Chaudordy. D’abord, les poussées de natalité suivent plus
souvent qu’elles ne les précèdent les mouvements d’émigra
tion. Ensuite, l’exemple de l’Indo-Chine et de la Tunisie
montre que nous sommes capables d’un elfort colonial ; les
capitaux ne manquent pas aux bonnes et trop souvent
même aux mauvaises affaires d’outre-mer; quant aux colons,
j’ai entendu le colonel Lyauley, collaborateur du général
Galliéni, déclarer qu’il s’en était présenté pour Madagascar
plus qu’on n’en souhaitait. Que de fois, dans les conversa
tions au village, ai-je entendu, meme dans le Midi, où la
population passe cependant pour peu migratrice, de jeunes
hommes exprimer le désir d’employer leur activité en des
entreprises lointaines? Que manque-t-il donc à notre pays
pour devenir colonisateur? Une marine marchande.
C’est le drajieau qui entraîne le régiment ; c’est le pavillon
([ui entraînera les colons. Une marine marchande puissante,
par la publicité, le mouvement, l’activité, l’attirance vers les
contrées d’outre-mer qu’elle provoquera, fera plus pour dé
terminer la poussée coloniale que mille savantes conférences
avec ou sans projections à la lumière oxydrique.
De meme, la France ne peut prétendre à jouer un grand
rôle dans la politique internationale si elle ne possède pas une
Hotte commerciale puissante. La République a créé, à force
de sacrifices, une marine de guerre de premier ordre ; ce
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PllOBL. MAK. MAUCII.