Full text : L' arbitrage international chez les Hellenes

A.  RÆDER

développement  dans  l’Hellade.  Les  Hellènes  avaient  maintenant
appris  qu’il  leur  fallait  être  unis  s’ils  voulaient  pouvoir  se  défendre
contre  les  puissances  étrangères.  Mais  quelle  forme  devaient-ils  choisir
pour  réaliser  cette  union?  La  royauté  absolue  qui  avait  rendu  la
Macédoine  si  forte  était  en  opposition  avec  tout  le  système  d’états
libres  helléniques  qui  reposait  sur  l’état-ville  souverain  ;  ils  ne  pouvaient ­
  donc  pas  suivre  cette  voie  sans  rompre  complètement  avec  tout
leur  passé.  L’essai  si  habile  du  roi  Spartiate  Cléomène  III,  qui  voulait ­
  réaliser  une  union  par  ce  moyen,  devait  à  cause  de  cela  échouer.
La  forme  hégémonique  de  l’union  avait  été  essayée  mais  n’avait
pas  résisté  à  l’examen  ;  elle  en  était  arrivée  à  avoir  mauvaise  réputation ­
  et  n’engageait  pas  à  de  nouveaux  essais.
Il  restait  donc  le  système  purement  fédératif  où  les  états-communes ­
  individuels,  tout  en  conservant  leur  indépendance  et  leur  gouvernement ­
  propre  à  l’intérieur  s’engageaient  à  suivre  une  politique
étrangère  commune.  Les  Hellènes  arrivèrent  à  développer  l’état  fédératif ­
  jusqu’à  la  perfection  formelle  dont  le  monde  entier  ne  peut
montrer  aucune  réplique  avant  les  fédérations  suisses  et  américaines
de  notre  époque  1 .  Ce  fut  dans  les  différents  états  fédératifs  que  le
sentiment  grec  de  la  liberté  et  de  l’égalité  prit  son  essor  ;  c’est  par
eux  que  l’Hellade  chercha  à  se  défendre  contre  les  princes  absolus
de  la  Macédoine  et  plus  tard  contre  la  politique  de  conquête  de
Rome.  Le  système  fédératif  fut  la  dernière  création  de  l’esprit  hellénique ­
  dans  le  domaine  de  la  vie  politique  et  des  idées  politiques.
Ici  l’on  pouvait  bâtir  sur  la  base  de  ce  qui  existait  déjà,  l’état-commune ­
  libre,  et  on  arriva  vraiment  à  un  système  où  la  liberté  et
l’autonomie  à  l’intérieur,  étaient,  autant  que  cela  peut  se  faire,  liées
à  l’unité  au  point  de  vue  extérieur.  Il  fallut  naturellement  abandonner ­
  quelque  chose  de  l’ancienne  souveraineté  absolue  de  l’étatcommune
  ;  a  ce  point  de  vue  toute  fédération  est  un  compromis,  mais
on  réussit  à  conserver  intact  le  point  de  départ  et  la  ligne  d  évolution.
1  Le  travail  principal  pour  l’histoire  de  la  fédération  hellénique  est  toujours  :
Edward  A.  Freeman  :  History  of  Federal  Government.  Vol.  I.  London,  1863.
            
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