fullscreen: Les questions fondamentales du marxisme

58 G. V. PLÉKHANOY 
2° S'ils avaient une idée de l’évolution, de la graduelle 
« transformation des phénomènes », ils ne s’imagineraient 
pas que « nous vivons dans une période de destruction ». 
Voyons d’abord comment sont les choses sous ce 
rapport ailleurs que chez nous, c’est-à-dire en Occident. 
Comme on le sait, il existe actuellement en Occident 
un mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière, la- 
quelle aspire à son émancipation économique. Or, la ques- 
tion se pose’ : les représentants théoriques de ce mou- 
vement, c’est-à-dire les socialistes, ont-ils réussi à accorder 
leurs tendances révolutionnaires avec une théorie tant soit 
peu satisfaisante du développement social ? 
À cette question, quiconque a une idée, si faible soit-elle, 
du socialisme contemporain répondra sans hésitation par 
l’affirmative. Tous les socialistes sérieux d’Europe et d’Amé- 
rique s’en tiennent à la doctrine de Marx ; mais qui donc 
ignore que cette doctrine est avant tout la doctrine de l’évo- 
lution des sociétés humaines ? Marx était un défenseur 
ardent de l’ «activité révolutionnaire ». Il sympathisait 
profondément avec tout mouvement révolutionnaire dirigé 
contre l’ordre social et politique existant. On peut, si l’on 
veut, ne pas partager des sympathies aussi « destructives ». 
Mais, en tout cas, le seul fait qu’elles aient existé n’autorise 
pas à en conclure que l'imagination de Marx était exclu- 
sivement « fixée sur les bouleversements par la violence », 
qu’il oubliait l’évolution sociale, le développement lent 
et progressif. Non seulement Marx n’oubliait pas l’évolution, 
mais il a découvert un grand nombre de ses lois les plus 
importantes. Dans son esprit, l’histoire de l’humanité s’est 
déroulée pour la première fois en un tableau harmonieux, 
non fantastique. I! a été le premier à montrer que /’épo- 
lution économique mène aux révolutions politiques. Grâce 
à lui, le mouvement révolutionnaire contemporain possède 
un but clairement fixé et une base théorique strictement for- 
mulée, Mais s’il en est ainsi, pourquoi donc M. Tikhomirov 
s’imagine-t-il pouvoir, par quelques phrases décousues sur 
la « construction » sociale, démontrer l’inconsistance des 
tendances révolutionnaires existant « chez nous, et d’ail- 
leurs pas seulement chez nous » ? Ne serait-ce pas parce qu’il 
ne s’est pas donné la peine de comprendre la doctrine des 
socialistes ? 
M. Tikhomirov éprouve maintenant de la répugnance 
pour les « catastrophes soudaines » et les « bouleverse-
	        
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