Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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L’INDEPENDANCE  DE  LA  GRECE.

et  que  Mahmoud  craignait  d’avoir  besoin  de  ce  côté  de
bonnes  troupes.
Comme  Méhémet-AIi  avait  détruit  la  milice  des  Mameluks, ­
  Mahmoud  commença  par  détruire  l’odjak  des  Janissaires. ­
  Cela  était  nécessaire;  les  Janissaires  avaient  perdu
toute  vertu  guerrière  ;  les  guerres  du  xviii®  siècle  avaient
prouvé  leur  insuffisance,  et  Sélim  III  avait  essayé  d’organiser ­
  à  côté  d’eux  des  troupes  plus  modernes  :  ils  l’avaient
renversé  et  tué.  Il  fallait  donc  d’abord  les  écraser:  jamais
ils  ne  consentiraient  aux  moindres  réformes.  Ils  n’étaient
plus  qu’une  garde  prétorienne,  une  sorte  de  noblesse  militaire, ­
  jalouse  de  ses  privilèges  désormais  immérités,  uniquement ­
  occupée  de  plaisirs  et  de  débauches,  n’affirmant  sa
force  que  par  des  révolutions  de  palais,  agent  le  plus  responsable ­
  de  la  dissolution  de  l’empire.  Un  historien  ottoman,
Essad-Effendi,  l’exprime  à  sa  façon  :  «  Ces  coursiers  fougueux, ­
  bondissant  en  liberté  dans  les  pâturages  du  désordre,
se  considéraient  comme  les  rois  du  pays,  entretenaient  le
feu  sous  la  chaudière  de  l’insubordination  et  limaient  le
collier  de  l’obéissance  ».
Mahmoud  fit  venir  des  instructeurs  arabes,  autrichiens,
prussiens,  comme  plus  tard  le  capitaine  de  Moltke,  et  leur
confia  l’organisation  d’une  infanterie  nouvelle,  à  laquelle  il
donna  le  nom  de  Monallem.  Eschkindschi,  ou  soldats
actifs.  Puis,  pour  la  recruter,  il  ordonna  aux  Janissaires  de
fournir  à  la  nouvelle  armée  150  hommes  par  orta  ou  régiment. ­
  L’injure  était  cruelle.  Les  Janissaires  ne  la  voulurent
pas  supporter.  Le  16  juin  1826,  ils  se  soulèvent,  arrivent
devant  le  sérail,  renversent  les  marmites.  Mahmoud  ne  fut
pas  surpris  :  il  avait  secrètement  réuni  un  grand  nombre
de  canons.  Il  déploie  l’étendard  vert  du  prophète,  ferme  les
portes  de  Constantinople,  lance  l’anathème  sur  l’odjak.  Une
effroyable  mitraille  balaie  la  place  devant  le  sérail  ;  les  Janissaires ­
  sont  refoulés,  jusque  dans  leurs  quartiers  ;  leurs  casernes ­
  sont  brûlées.  3.000  furent  tués,  7  ou  8.000  furent  pendus
les  jours  suivants,  20.000  chassés  presque  nus  de  Constantinople, ­
  comme  des  vagabonds.  En  quelques  heures,  la
révolution  militaire  était  accomplie.  Le  17  juin,  un  firman
du  sultan  prononça  l’abolition  définitive  de  l’odjak  des
Janissaires.
Dès  lors,  toute  la  nouvelle  armée  fut  instruite  à  l’européenne: ­
  Mahmoud  trouva  dans  le  Coran  les  arguments  nécessaires ­
  à  sa  réforme  :  «  La  guerre  est  un  jeu  au  plus  fin,  a
            
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