Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

382  CONCLUSION.
plus  sanglants  obligèrent  l’Europe  à  intervenir,  et  produisirent ­
  les  démembrements  successifs  de  l’empire  turc.  Les
massacres  de  1822  servirent  la  cause  de  l’indépendance  de
la  Grèce  et  de  la  Serbie;  ceux  de  1860  produisirent  l’autonomie ­
  du  Liban  ;  ceux  de  1876-1877  amenèrent  les
armées  russes  dans  les  Balkans,  aux  portes  de  Constantinople, ­
  et  faillirent  coûter  au  sultan  son  trône.  Il  n’y  a  que
les  massacres  arméniens  de  1895-1896,  les  plus  affreux,
qui  ne  furent  pas  châtiés  de  cette  sorte,  et  pourtant  leur
auteur  ne  se  mit  pas  en  peine  de  gagner  l’Europe  par  d’apparentes ­
  réformes,  et  les  grandes  puissances  offrirent  le
spectacle  de  la  plus  exceptionnelle  et  de  la  plus  touchante
harmonie.  Jamais  il  ne  fut  tant  parlé  du  concert  européen ­
  et  de  ses  bienfaits  que  depuis  une  dizaine  d’années.
N’est-ce  pas  justement  parce  que  le  concert  était  parfait
que  les  massacres  d’Arménie  sont  restés  impunis?  Car  le
concert  de  tant  de  puissances  dont  les  intérêts  sont  contradictoires ­
  ne  put  s’établir  que  sur  des  négations,  non  sur
des  affirmations  et  des  actes.  Cet  accord  tint  toutes  les
mains  liées,  et  personne  ne  pouvant  agir  librement,  personne ­
  n’agit,  que  le  sultan.
Comment  en  effet  les  six  grandes  puissances  se  seraientelles
  entendues  autrement  que  pour  ne  rien  faire,  pour
s’empêcher  réciproquement  de  rien  faire  ?
L’Allemagne  prussienne  pousse  l’Autriche  au  Danube
inférieur  et  vers  l’Archipel  pour  n’avoir  pas  à  la  craindre
sur  le  Danube  supérieur,  lui  donne  des  terres  slaves  pour
qu’elle  soit  moins  germanique  et  fasse  équilibre  à  la  Russie, ­
  lui  fait  ouvrir  les  routes  du  sud  pour  ses  produits.  Elle
trace  en  écharpe  à  travers  l’Europe  une  voie  d’expansion
qui  coupe  à  Constantinople  la  voie  russe  venue  du  nordest,
  et  la  voie  franco-anglaise  venue  de  l’Ouest.  Il  se  forme
là  une  ardente  concurrence  politique  et  commerciale
L’Italie  a  de  grands  desseins  sur  la  Méditerranée  qui
fut  dans  l’antiquité  un  lac  romain.  Elle  se  sert  de  la  Triple-Alliance ­
  pour  retenir  un  peu  l’Autriche  dans  ses  ambitions ­
  balkaniques  ;  elle  se  tient  attachée  à  l’amitié  de  la
France  et  de  l’Angleterre  pour  ne  pas  être  traitée  en  vassale ­
  par  ses  alliées,  les  grandes  puissances  germaniques.
La  Russie,  après  avoir  maintes  fois  en  ce  siècle  heurté
les  portes  de  Constantinople,  en  est  aussi  éloignée  que
jamais,  par  les  rivalités  des  grandes  puissances,  par  les
destinées  nouvelles  de  l’Autriche-Hongrie,  par  l’ingrati-
            
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