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CONCLUSION.
de la puissance des Grands Mogols de Delhi ; elle renversa
ainsi la suprématie politique de l’Islam dans l’Hindoustan ;
elle parut refaire, de Londres à Calcutta, d’un bout à
l’autre de l’ancien continent, l’unité de la race indo-euro
péenne.
Elle ne cessa point, pendant toute cette histoire et
presque jusqu’à nos jours, de redouter l’opposition de la
France et de la Russie, et ce fut le principal caractère de
sa politique extérieure au xix* siècle. Elle se maintint à
Malte malgré la France ; elle l’écarta de l’Égypte, malgré
la situation très forte qu’elle s’y était assurée et malgré
les services qu’elle y avait rendus ; elle la refoula vers Ir
Sud, et l’affaire de Fachoda fut comme le dernier symbole
de cette longue querelle. Elle écarta la Russie de Constan
tinople à plusieurs reprises, notamment lors de la guerre
de Crimée, et lors de la guerre des Balkans ; elle l’enferma
dans la mer Noire par la convention des Détroits de 1841 ;
elle s’établit à Chypre pour la mieux surveiller en Asie
mineure; pendant tout le xix* siècle, elle remporta sur les
Russes des succès répétés et les refoula vers le Nord,
dégageant ainsi devant elle les grandes voies du Levant, et
le Levant, en effet, à la hauteur de la Syrie et de la Mésopo
tamie, demeure encore aujourd’hui ouvert à ses entreprises.
Mais la politique britannique ne se règle pas sur des
abstractions ou des sentiments ; elle est d’un réalisme
plein d’audace. Le danger de la concurrence allemande lui
inspire désormais d’autres desseins; et les conventions du
8 avril 1904 avec la France, du 31 août 1907 avec la Rus
sie, ont inauguré une entente anglo-franco-russe, à
laquelle l’Espagne et l’Italie montrent des sympathies, qui
ferme un siècle entier d’expansion et d’ardente rivalité, et
qui constitue, notamment pour la question d’Orient, l’un
des faits nouveaux les plus importants des dernières années.
C’est que la poussée germanique vers le Sud-Est est
devenue l’un des traits les plus caractéristiques de la posi
tion actuelle de la Question d’Orient : le Drang nach
Südosten remplace le Drang nach Osten du moyen âge
chrétien. On voit se dessiner à travers l’ancien continent,
par Hambourg, Berlin, Vienne, Buda-Pest, Belgrade, Sofia,
Constantinople, Bagdad, Bassorah, une gigantesque ligne
d’action allemande qui chaque jour se précise et s’accentue.
C’est la voie de l’Elbe et du Rhin continuée par le Danube
et par les chemins de fer des Balkans ; c’est le lieu géomé-