DES BANQUES 399
En effet, dès que le papier sur l'étranger fait prime, il en
résulte un profit supplémentaire pour tous ceux qui ont
à vendre ces devises, c’est à-dire pour les exportateurs.
C’est donc un grand stimulant à l’exportation. Mais l’accrois-
sement des exportations va avoir pour résultat de renverser
la balance du commerce et de la rendre favorable : ainsi donc
l'équilibre tend à se rétablir automatiquement, comme nous
l’avons vu déjà. Au cas où le papier sur l'étranger est
au-dessous du pair, le mécanisme agit de même mais en sens
inverse.
Mais tout ceci est en ce moment de l’histoire ancienne, car
depuis la guerre nous voyons le cours des changes varier
par tout pays dans des proportions fantastiques — et sans
que l’équilibre tende à se rétablir.
C’est ainsi qu’au jour où nous écrivons ces lignes le chèque
de 1 livre sur Londres, qui vaut au pair 25 fr. 22, est coté
87 francs ; le chèque de 1 dollar sur New-York, qui vaut au
pair 5 fr. 18, est coté 19 francs : le chèque de 100 francs sur
Genève, qui au pair vaut 100 francs, est coté 360 francs, etc.
Ce qui veut dire que le papier sur l’étranger vaut aujour-
d’hui en notre monnaie, en billets de banque, le double ou
le triple de sa valeur ancienne.
Et inversement, puisque des deux plateaux d’une balance.
l’un ne peut monter que l’autre ne descende d’autant, cela
veut dire que sur les places de Londres, de New-York, de
Genève, le billet de 100 franes ne vaut guère plus du quart
de sa valeur d’avant la guerre (1).
Les causes de ce phénomène, qui désorganise si profon-
dément les relations internationales, sont multiples. On peut
en indiquer trois :
(1) Toute dépréciation de la monnaie se reflète dans un double miroir :
le cours des changes qui exprime sa valeur à l'étranger ;
le nombre-indice des prix (p. 78) qui exprime sa valeur à l'intérieur du
pays, son pouvoir d'achat.
Naturellement il y a parallélisme entre les deux courbes mais elles ne
coincident pas toujours.
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