fullscreen: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE. 
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chanteurs nationaux qui, chaque hiver, jouent des opéras originaux ou 
traduits en langue slave. 
Cet idiome, qui n’a pas de voyelles aiguës, se prête admirablement au 
chant et à la musique. Entendre parler croate, c’est presque entendre 
chanter. Aussi le peuple a-t-il un goût inné pour la musique. A Agram, il 
y a trois ou quatre sociétés de chant, et, dans les campagnes, nous verrons 
plus tard que les travaux se font en chantant. Dans les églises, pendant la 
messe ou les offices, tout le monde chante, mais en croate. C’est un privilège 
qui a été accordé par les papes aux habitants de ces frontières , en recon 
naissance des luttes héroïques qu’ils ont soutenues contre les infidèles. Mien 
de plus beau, de plus solennel, de plus imposant et de plus touchant que 
ces mélopées lentes et graves, d’une pureté exquise, d’un vieux rhythme 
Mia\e, rappelant 1 époque de Louis XIII, et qui résonnent avec une majesté 
mélancolique sous les voûtes des sanctuaires, oû les jeunes filles se tiennent 
agenouillées toutes ensemble, devant les autels ruisselants d’or, resplendis 
sants d’un luxe oriental. 
Le palais de la Diète, qui s’élève à côté de l’église Saint-Marc, est une 
grande maison badigeonnée de vert, ayant l’apparence peu élégante d’une 
caserne. La Diète croate, dont tout noble fait partie, rappelle les anciens 
États de Bourgogne et du Languedoc. Le droit d’y siéger s’acquiert avec la 
propriété de certaines terres. Je sais un Français qui possède aux environs 
d’Agram un domaine seigneurial auquel est attaché ce privilège; s’il renon 
çait à sa nationalité, il serait député à la Diète. 
L ouverture et la clôture de cette assemblée se font avec une pompe et 
un apparat qui rappellent le moyen âge. Le ban, qui préside la Diète, 
arme dans une voiture dorée traînée par quatre chevaux caparaçonnés, 
a\(c son cocina et ses domestiques en livrée bleue, coiffés de chapeaux à 
plumes, tout couverts de brandebourgs et tout étincelants de galons. Les 
magnats semblent eux-mêmes costumés pour une grande féerie militaire. 
Lattda chamarrée de brandebourgs dorés serre leur taille; sur leurs 
] aules, îetenu pai une chaîne d or enrichie de pierres précieuses, flotte un 
antean de ^ cl oui s garni de riches fourrures ; le kalpak, avec la plume de 
laucón fixée au moyen d une broche en brillants, les bottes ornées d’épe- 
ions d oi, le sabre recourbé en forme de cimeterre, trophée d’arme prove 
nant de quelque champ de bataille, suspendu à une ceinture d’or incrustée 
de pierreries, complètent cet éblouissant habillement, qui est le même que 
< ehii des magnats hongrois, qui l’ont emprunté aux Slaves, à leur arrivée 
dans le pays que ceux-ci tenaient avant eux. 
La fa oatie a profité, dans une large mesure, de 1 accord survenu
	        
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