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LA HONGRIE
C’est à la suite de cette tentative hardie que Jellachich se mit à la pour
suite de la redoutable bande, et que, tombant dans une embuscade, il dut,
comme nous l’avons dit, se sauver précipitamment.
Cette vie militaire des Confins, entourée de périls, pleine d imprévu,
fertile en aventures et en mésaventures, plaisait à l’imagination ardente du
jeune Jellachich, poëte à ses heures. Pendant son stage dans l’armée des
Frontières, il composa un recueil de vers qui circula d’abord à létal <lc
manuscrit parmi ses camarades, et qui plus tard fut imprimé à Vienne. Le
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Un coin de la place Jellacliicli.
soldat y chantait l’arrivée du cavalier au village après les longues chevau
chées dans la plaine brûlante; l’hôtesse rieuse qui accourt sur le seuil de
l’auberge, avec le grand verre de vin couleur d’ambre ou couleur de rubis;
les nuits passées sur la frontière, derrière un rocher ou dans un tronc
d’arbre, à l’affût du brigand bosniaque ou du contrebandier turc; les
joyeuses veillées d’hiver dans la salle commune; la danse du kollo, l’été,
sur les gazons, à 1 ombre des grands chênes; les aventures et les exploits
des compagnons d’armes partis pour les guerres lointaines et revenus
couverts de blessures. Le patriote y célébrait les beautés de son pays, la
grandeur passée de sa patrie, et, les yeux tournés vers l’avenir, il saluait en
paroles de feu la résurrection du peuple slave.
En 1842, Jellachich fut promu au grade de colonel. Le premier, il abolit
dans les régiments qui étaient sous ses ordres les peines corporelles, la