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LA HONGRIE
Au moment où nous montions les marches du couvent, la porte s’ouvrit,
et le supérieur — celui qu’on appelle en hongrois le « prépost » — se
trouva devant nous. C’était un homme fleuri; vêtu d’une robe de lustrine,
coiffé d’un énorme chapeau de paille, il fumait une pipe dont le tabac ne
sentait pas l’encens.
— Veuillez entrer, messieurs, nous dit-il, veuillez entrer. Et sa bonne
figure rubiconde s’épanouit comme une tulipe.
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Gulyas et csikos.
Mais vous sortiez, nous vous dérangeons?
— Pas le moins du monde. Le thermomètre est monté de trois degrés
depuis midi, et j ai une soif... oh! une soif, voyez-vous! J’allais prendre
un verre de bière à la brasserie... Nous boirons quelques bouteilles chez
nous, ça reviendra au même... Veuillez entrer.
Il nous conduisit au réfectoire, vaste pièce très-basse, voûtée et sombre
comme une cave. De hautes boiseries de chêne montaient jusqu’aux
fenêtres cintrées et grillées ; aux murs se détachaient en grosses taches
noires quelques anciens tableaux enfumés dont les couleurs s étaient