Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  II  ON  G  11  1  E

«normes  fruits  tout  entier,  connue  chez  nous  on  mange  une  pomme.  —
Plus  loin,  il  y  a  des  tas  de  gousses  de  poivre  turc,  appelé  en  hongrois
paprika;  en  se  séchant,  ces  gousses  vertes  deviennent  rouges  ;  on  les  pile,
et  leur  poudre,  moins  forte  que  le  poivre  ordinaire,  constitue  le  fond  de
(mites  les  sauces  de  la  cuisine  locale.  C’est  un  préservatif  excellent  contre
les  fièvres.
Des  sacs  de  blé,  de  colza,  de  pois,  ylc  mais,  s’étendent  en  sens  divers,
pressés  les  uns  contre  les  autres,  formant  de  petits  retranchements,  déficelés ­
  et  ouverts  pour  que  l’on  puisse  juger  de  la  qualité  de  la  marchandise  ;
et,  au  bout  de  la  place,  autour  d’un  puits  à  seau,  se  pressent  des  milliers
de  bœufs,  de  chevaux,  de  porcs  et  de  moutons,  sous  la  surveillance  de
leurs  gardiens  respectifs,  gulyas,  csikos,  kanasz  et  juhasz.
Ces  pâtres  nomades  présentent  dans  sa  plus  pure  expression  le  vrai  type
magyar,  dont  nos  peintres,  s’ils  pouvaient  l’étudier  d’après  nature,  rendraient
bien  vite  classique  la  beauté  orientale  et  splendide.  Comme  structure,  ces
hommes  sont  incomparables;  leurs  formes  puissantes  et  souples  rappellent
celles  des  athlètes  romains.  Et  quelle  dignité,  quelle  noblesse  et  en  même
temps  quelle  aisance  dans  le  geste,  1  attitude  et  la  demarche  !  A  voir  le  plus
simple  paysan  magyar,  on  dirait  qu’il  est  né  grand  seigneur,  et  que  depuis
l’enfance  il  n’a  cessé  de  commander.
Le  gulyas  (bouvier)  a  le  teint  basané  de  l’Arabe,  des  yeux  sauvages  et
étincelants,  la  moustache  épaisse  et  retroussée  ;  ses  longs  cheveux  luisants
de  graisse  sont  souvent  tressés  en  deux  nattes  qui  retombent  sur  sa  poitrine  ;
il  porte  un  chapeau  à  bords  immenses,  avec  lequel  il  boit  aux  mares  des
puits,  un  manteau  de  grosse  laine  blanche,  dans  lequel  il  dort  à  la  belle
étoile,  et  qui  est  tout  orné  de  fleurs  eu  passementerie  rouge  ;  ses  larges
pantalons  frangés  sont  soutenus  par  une  ceinture  de  cuir  historiée,  et  il  est
armé  d’un  long  bâton  que  termine  une  petite  hache,  et  qui  lui  sert  à  se
défendre  contre  les  attaques  des  taureaux  et  des  loups.  Pendant  les  grands
froids,  le  gulyas  se  rapproche  des  bois  et  des  métairies,  et  s’abrite,  la  nuit,
sous  une  hutte  de  roseaux  de  forme  conique,  comme  celles  de  certaines
peuplades  de  1  intérieur  de  1  Afrique.  Les  troupeaux  ne  se  laissent  approcher ­
  que  par  leurs  gulyas;  à  la  vue  d  un  étranger,  ils  s’enfuient  effrayés.
Le  csikos  (gardeur  de  chevaux)  est  costumé  d’une  manière  plus  originale ­
  encore  :  ses  bottes  sont  garnies  de  longs  éperons  ;  il  porte  en  bandoulière, ­
  ou  attachée  à  sa  selle,  une  gourde  recouverte  de  peau  de  poulain;  la
lanière  de  son  fouet  est  ornée  de  rosettes  de  cuir  de  toutes  les  couleurs,  et
l’énorme  bourse  dans  laquelle  il  met  son  tabac  est  brodée  de  fleurs,  comme
            
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