Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DASUDE.

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une  serviette  turque.  Le  csikos  a  dans  la  physionomie  quelque  chose
d  indépendant,  de  fier  et  de  plus  rude  que  le  bouvier;  il  a  un  sentiment  de
supériorité  qui  prête  à  son  maintien  une  grande  majesté.  Il  passe  sa  vie  à
cheval,  et  rien  n’égale  son  adresse  et  son  agilité.  C’est  le  gaucho  de  l’Europe.
Le  csikos,  comme  le  maquignon  juif,  est  un  madré  compère  et  s’entend  à
cacher  les  vices  des  chevaux  qu’il  mène  sur  les  foires;  il  pratique  même
avec  beaucoup  d’habileté  l’art  de  changer  la  couleur  de  la  robe  d’un  cheval,
surtout  si  ce  cheval  a  été  volé.
Le  kanasz  (porcher)  est  toujours  quelque  peu  bandit.  Il  mène  une
existence  bien  plus  irrégulière  et  plus  sauvage  que  le  bouvier  et  le  gardeur
de  chevaux,  car  il  est  rare  que  le  kanasz  quitte  les  profondes  forêts  de
chênes  dans  lesquelles  il  garde  ses  cochons.  Ce  sont  les  kanasz  qui  renforcent ­
  les  rangs  des  Szégény  Légény,  ou  «  pauvres  compagnons  »  .  Quant
au  juhasz  (berger),  il  est  d’une  nature  assez  douce  et  paisible,  bien  qu’il
n’entre  en  contact  avec  la  société  qu’à  l’époque  des  foires,  et  encore  est-il
bien  rare  que  le  régisseur  d’un  domaine  se  fasse  accompagner  de  ses
bergers.
Des  campagnards  se  promenaient  en  flâneurs,  le  fouet  à  la  main,  parlant
et  discourant  avec  animation.  En  Hongrie,  les  foires  ne  sont  pas  seulement
des  marchés,  et  l’on  n’y  vient  pas  toujours  pour  vendre  ou  acheter  des  marchandises; ­
  les  foires  sont  des  réunions,  des  assemblées  générales  du  pays,
où  l’on  se  revoit,  où  l’on  échange  des  nouvelles,  où  l’on  discute  des  intérêts
locaux  et  où  l’on  prépare  la  lutte  électorale.  C’est  dans  les  foires  que  se
faisaient  autrefois  les  enrôlements  pour  l’armée,  et  c’est  dans  les  foires
qu’éclataient  les  insurrections  populaires.
Sur  le  bord  de  la  route,  des  mendiants  magnifiques,  que  le  soleil  drapait
d  un  manteau  d’or,  se  tenaient  appuyés  sur  leur  bâton,  dans  une  pose  à  la
don  César  de  Bazan.  Le  mendiant  hongrois  est  frère  du  mendiant  espagnol  ;
il  a  la  même  attitude  calme  et  haute,  et  son  accoutrement  offre  le  même
mélange  extravagant  d’oripeaux  et  de  haillons  sordides.
Comme  nous  sortions  du  champ  de  foire  :
Je  vous  propose,  me  dit  M.  L...,  d’aller  faire  une  petite  visite  aux
franciscains  de  Nagy-Atad  ;  ces  dames  retourneront  en  voiture  à  la  maison,
nous  les  rejoindrons  dans  une  heure.
Nous  nous  dirigeâmes  vers  une  vieille  église  qui  s’élève  au  fond  de  la
place,  et  qui,  au  point  de  vue  architectural,  est  de  la  plus  remarquable  insignifiance, ­
  comme  du  reste  presque  toutes  les  églises  hongroises,  ce  qui
s’explique  dans  un  pays  successivement  ravagé  par  les  Tartaros  et  les  Tm  es,
et  sans  cesse  troublé  par  les  guerres  civiles.
            
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