LE PÉROU ÉCONOMIQUE 113
chait en tête à l’arrivée en gare, se trouve en queue au
départ et pousse le train devant elle; arrivé à la première
plate-forme, le conducteur descend, aiguille les rails, et le
train repart machine en tète. La même manœuvre se
répète autant de fois qu’il est nécessaire. La première fois
que l’on accomplit ce trajet, on est un peu effrayé ; la voie
unique solidement construite, il est vrai, est très étroite,
et ne possède aucun remblai qui la sépare du précipice
qui se creuse de plus en plus à mesure que s’effectue 1 as
cension. C’est ainsi que le voyageur aperçoit sous ses
pieds les quatre terrasses de la voie ferrée surplombant le
uiur vertical et comme accrochées dans le vide au-dessus
du village de San Bartolomeo. De l’autre côté de la
vallée, un sentier pour les mules grimpe audacieusement
jusqu’aux sommets les plus élevés.
En s’élevant encore par des pentes rapides et sinueuses,
après avoir traversé une véritable pépinière d arbres
fruitiers, véritable oasis au milieu d’un désert de roches,
°n arrive au célèbre pont de Las Verrugas (1), le plus
élevé de la ligne. Il repose sur des piles de 80 mètres de
hauteur; le tablier est à claire-voie; aucun garde-fou ne
gêne la vue qui plonge librement au fond de 1 abime sur
une verdoyante quebrada, (crevasse, ravin) où roule un
torrent impétueux. En face, on distingue les murailles en
ruines d’innombrables terrasses (andenes), étagées sur le
revers de la montagne. Ces immenses travaux attestent
une fois de plus le degré de prospérité qu avait atteint
1 agriculture sous la domination des Incas.
Au-delà de Matucana, à 90 kilomètres de Lima et à
(1) Ce nom a été donné au pont en raison de ce que près de trois mille
ouvriers, employés à la construction de la voie, furent atteints par tout
le corps d’un grand nombre de verrues; affection que l’on observe dans
certaines régions du Pérou et qui serait produite par la mauvaise qualité
des eaux.
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