LE PÉROU ÉCONOMIQUE
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encore sèches, et les feuilles, qui doivent être cueillies
aussi minutieusement que celles du thé afin qu'elles con
servent toutes leurs propriétés, peuvent être récoltées au
bout d’une année, quinze mois au plus tard. La bonne coca
vaut de 2 à 6 francs le kilo.
Les Indiens du Pérou de Bolivie et de Colombie font un
usage immodéré de la coca qu’ils mâchent continuelle
ment ; comme le goût de cette feuille est presque nul, ils lui
donnent du piquant en ajoutant àlachique,ou a,cullico,une
pâte appelée llucta,, qui est un mélange de chaux, de
cendres de bois de molle et de quinua ou de bouillie de
pommes de terre gelée. L’ensemble forme une pâte que
les indigènes divisent en boulettes qu’ils enveloppent de
feuilles de coca, ces chiques sont désignées sous le nom
d’acullicos. L’Indien quechua ne se sépare jamais d’un
sac contenant une certaine quantité de boulettes et de
feuilles de coca, la mastication de cette feuille facilite le
bon fonctionnement des organes respiratoires et permet aux
indigènes de supporter un certain temps la privation d’ali
ments plus substantiels. La coca est indispensable aux
Indiens et aussi très utile aux Européens qui supportent
plus facilement le séjour des hautes altitudes. Avec quel
ques acullicos pour toute nourriture, les Indiens quecliuas,
excellents marcheurs, font des étapes incroyables à tra
vers des sentiers impossibles.
Les indigènes qui abusent des chiques de coca sont
sujets à une infirmité, sans doute produite par la chaux ou
la cendre qu’ils absorbent. Une de leurs joues, celle du
côté où ils mâchent, reste atteinte d’une enflure chronique
appelée picclio ; ils sont aussi parfois saisis d’accès d’in
sensibilité morale, pendant lesquels ils continuent à
vaquer à leurs occupations habituelles, mais d’une façon
machinale et tout à fait inconsciente. On dit alors