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LE PÉROU ÉCONOMIQUE
Il faut aussi comprendre dans ces avances environ huit
cents tejelinas, une bassia, un seau, de la poudre et du
plomb, des cartouches, des liqueurs, des parfums! des
médicaments, des bijoux faux, des étoffes (pour les Bré
siliens), le tout pour une valeur de 1.500 à 1.800 francs.
Il arrive parfois qu’un seringueiro peu sérieux, qui a
dormi, bu, fumé et joué plus souvent qu’il ne l’aurait dû,
ou tout simplement malchanceux, ne rapporte du caout
chouc que pour une somme inférieure à ses avances, il se
trouve donc encore lié à son patron pour l’année suivante ;
dans ce cas, s’il est honnête, il attendra la saison en cul
tivant du manioc, ou au contraire, ce qui arrive souvent
chez les Brésiliens, il brûlera son compte et, la saison
venue, il se fera faire des avances par un patron concur
rent.
En général, les seringueiros de métier sont des êtres
aux appétits grossiers, chez lesquels l’alcoolisme fait de
grands ravages ; il est la cause de la mortalité élevée qui
règne dans les forêts. Le jeu sous toutes ses formes et la
boisson sont leur passe-temps favori. Aussi, lorsqu’un
seringueiro trouve qu’il y a longtemps qu’il n’a pas fait la
fête, il monte dans son canot et se met en quête de com
pagnons et d’un baracon, où pendant quelques jours il
videra un certain nombre de bouteilles.
Quelquefois, encore, lorsque la distance n’est pas trop
grande, il charge sa récolte et remonte ou descend le fleuve
jusqu’à la case du patron auquel il remet sa gomme en
compte, tout en absorbant les liquides les plus variés.
Aussi, sachant qu’une fois ivre le malheureux prendra
envie de tout, et se livrera à des achats fantastiques, le
patron encourage-t-il ces excès pour élever le compte à
plaisir. Tout l’argent péniblement gagné par le serin
gueiro est gaspillé en babioles qu’il se figure indispen