284
LE PÉROU ÉCONOMIQUE
vières regorgent de poissons, et qu’avec une seule car
touche de dynamite on peut recueillir de quoi ravitailler
un village.
X. — C’est donc à l’élément indigène qu’il faut avoir
recours et de ce côté on rencontre encore pas mal de dif
ficultés qu’il n’est pas donné atout le monde de pouvoir
soulever. Les centres populeux de la frontière sont géné
ralement fort éloignés les uns des autres, de 40, 50, 80 et
même 100 kilomètres. Pour recruter des ouvriers, les
propriétaires paient à des embaucheurs « enganchadores »
une certaine somme par homme qu’ils leur envoient. Ceux-
ci, à leur tour, se mettent en quête d’indigènes ayant
besoin d’argent, soit pour subvenir à l’entretien de leur
famille, soit pour payer quelques dettes, ou pour enterrer
l’un des leurs. Ils leur font souscrire un engagement de
travailler dans telle ou telle « hacienda » pour un temps
qui varie généralement de deux à six mois et, ceci fait, ils
leur paient le plus souvent la moitié de la somme convenue
en espèces et l’autre en marchandises. L’ouvrier est alors
mis en demeure de se rendre au plus tôt sur le lieu du
travail; c’est là que, pour un modeste salaire de 60 à 80 cen-
tavos (1 fr. 50 à 2 francs, plus la ration), il est occupé aux
travaux des champs, dix heures durant, exposé aux rayons
brûlants du soleil ou aux pluies torrentielles fréquentes
dans la région; logé sous de vastes abris ouverts à tous
les vents, il doit acheter les objets dont il a besoin, et
surtout l’alcool pour lequel il a un penchant prononcé, au
magasin de l’hacienda qui se charge toujours de lui en
donner en abondance et lui fait facilement dépasser le
montant de son salaire; c’est ainsi qu’arrivé au terme de
son contrat d’engagement, le malheureux indigène reste
devoir au propriétaire de la plantation un mois et parfois
plus de travail. On arrive ainsi à garder certains ouvriers