LE PÉROU ÉCONOMIQUE
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et ordinairement les meilleurs, pendant de longs mois,
quelquefois même pendant plusieurs années. Rendu à son
foyer après une longue absence, souvent en proie à des
fièvres intermittentes, on comprend facilement la répulsion
qu’éprouve le malheureux ouvrier à retourner travailler
dans les plantations.
Cette répulsion est en partie justifiée par les procédés
autoritaires des propriétaires péruviens qui ont conservé
l’habitude de traiter les indigènes comme des serfs ou des
esclaves, et parfois avec plus ou moins de justice ou d’hu
manité. Nous sommes absolument convaincu que traités
avec fermeté, mais surtout avec douceur et équité, on peut
obtenir des Indiens Quechuas de la Sierra ou des frontières
un travail efficace, pourvu aussi qu’on les laisse célébrer
à leur façon, c’est-à-dire par des libations prolongées, les
nombreuses fêtes du calendrier chrétien jointes à celles du
calendrier indigène. Vivant chichement et éprouvant peu
de besoins, ils ne travaillent que pour satisfaire leur pas
sion pour les fêtes, les pétards et l’alcool.
Cependant, il est à remarquer que l’Indien des hauts
plateaux éprouve toujours une certaine répugnance à
descendre très loin sur le versant oriental des Cor
dillères; habitué aux solitudes désertiques des punas,
les immenses forêts de la Montana font sur son esprit
une pénible impression ; seul l’appât d’un gain élevé,
lorsqu’il est endetté, le décidera à y faire de courts
séjours.
XI. — Il nous faut aussi dire quelques mots sur les tribus
d’indiens qui vivent encore à l’état sauvage, éparses dans
l’immense territoire qui compose le département de Loreto.
Si on jette les yeux sur une carte du Pérou, on est surpris
de voir figurer sur les blancs qui désignent des terri
toires encore peu connus de la Montana un grand nombre