LE PÉROU ÉCONOMIQUE
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généralement prodigues et imprévoyants ; lorsqu’ils ont en
leur possession un petit trésor, ils s’empressent de venir
gaspiller à la côte ou dans la ville la plus proche, généra
lement au jeu, en futilités et en débauches, l’or qui bien
souvent leur a coûté beaucoup de peine à recueillir. Les
poches vides ils rentrent dans la Montana ou vont tenter
la fortune ailleurs, pour recommencer la même vie de
débauche si la réussite leur sourit; jusqu’à ce qu’un jour,
anémiés et rongés par les fièvres qu’ils auront contractées
par leur mauvaise hygiène, ils laissent leurs os au bord
de quelque rivière ou de quelque torrent. Tous les
Européens et même les Péruviens que nous avons connus,
comme prospecteurs plus ou moins occasionnels, renon
cèrent à ce travail après une ou deux campagnes. Pour
être avantageux, le lavage des alluvions doit être fait sur
une certaine échelle, avec un matériel perfectionné et un
personnel nombreux.
Nous ne conseillerons une tentative de ce genre qu’à
ceux qui, possédant pour tout avoir, en plus d’une bonne
constitution, une certaine force morale et une grande
énergie, voudraient se procurer par ce moyen le pécule
uécessaire pour essayer ensuite de l’agriculture, de l’éle
vage, ou se livrer au commerce ou à l’industrie dans quel
ques villes de la côte ou de l’intérieur. Il faut surtout éviter
de se laisser prendre à la séduction de la vie des placers,
lu vie de la forêt, à laquelle on se laisse prendre trop sou
vent. Certes! c’est une existence pénible que l’on mène
tout d’abord, mais qui a un charme étrange, puisqu’au
milieu des commodités de la vie des grandes villes on se
Prend parfois à regretter cette existence rude et pénible
toujours, mais libre et sans entraves.
Cependant, mieux vaut encore être débitant, traitant ou
n égociant et ravitailler les placers, comme nous ne regret-
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