Full text : Le Pérou économique

LE  PÉROU  ÉCONOMIQUE

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superstitieux  des  habitants  des  pueblos  (villages).  La
vie  solitaire  qu’ils  mènent,  sans  un  compagnon  pour
échanger  des  idées,  les  rend  stupides,  ils  retournent  peu
à  peu  à  l’animalité  ;  vêtus  de  haillons  sordides  et  d’une
malpropreté  repoussante,  leur  intelligence  ne  dépasse
guère  celle  des  animaux  dont  ils  ont  la  garde.
XVI.  —  Si  le  Quechua  est  tant  soit  peu  sympathique
par  sa  tristesse  apparente,  on  sent  cependant  qu’il  se
résigne  trop  lâchement  à  la  servitude,  et  pour  être  tout  à
fait  impartial,  il  faut  reconnaître  que  le  Quechua  ne  travaille ­
  que  lorsqu’il  y  est  obligé  pour  payer  le  tribut  (souvent ­
  aboli),  pour  exécuter  les  corvées  réclamées  de  lui,  ou
pour  s’enivrer.  Sous  le  gouvernement  des  Incas,  tout  le
monde,  hommes,  femmes  et  enfants  était  astreint  au  travail ­
  suivant  les  forces  et  les  facultés  de  chacun.  Depuis
que  le  Quechua  n’est  plus  asservi  ni  maintenu  par  la  discipline ­
  de  fer  des  Fils  du  soleil  ou  des  Espagnols,  depuis  surtout ­
  que  la  loi  a  supprimé  la  contribution  personnelle,
l’Indien  n’a  profité  de  sa  liberté  que  pour  retourner  à  la
vie  primitive,  à  la  paresse  insouciante  qui  domine  chez
lui.  Il  travaille  moins,  mais  il  est  plus  pauvre  que  jamais.
Il  est  vrai  que  ses  besoins  sont  restreints  et  qu’il  se
trouve  heureux  ainsi  ;  peut  être  est-il  un  sage,  ou  craint-il
que  son  travail  profite  à  d’autres  qu’à  lui-même  ?
Il  serait  cependant  facile  d’obtenir  des  Quechuas  un
travail  suivi  en  leur  assurant  un  bien-être  auquel  ils
ne  sont  pas  habitués,  mais  qu’ils  savent  apprécier.  S’il  faut
exiger  d’eux  une  certaine  discipline,  il  faut  aussi  les
traiter  avec  justice,  mais  sans  faiblesse.  L’Indien  péruvien
est  très  intelligent  ;  sa  dégradation  actuelle  est  uniquement ­
  due  à  la  misère  et  à  l’ignorance.
Lorsque  l’Indien  se  loue  pour  un  travail  quelconque,  c’est
qu’il  a  besoin  de  quelque  objet  à  son  usage  ou  à  celui  de
            
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