DE L'ADRIATIQUE AU DANUBE.
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jeune journaliste de Budapest dont j'avais fait la connaissance dès mon
arrivée, avait bien voulu m’accompagner. Les deux chevaux de notre voi
ture couraient avec une ardeur qui montrait leur désir de manger le plus
tôt possible l’avoine des Bénédictins. La vigne, « la belle fille du pays
magyar » , comme l’appelle Pétœfi, couvre de ses vertes draperies les col
lines au pied desquelles serpente la route ; et, à gauche, le lac étale la
nappe de ses eaux d’un bleu pâle. Tout en jouissant du splendide tableau
qui nous entourait et de la belle journée qu’ouvrait un soleil de fête, nous
causions.
M. Sturm, qui a écrit sur Pest un livre très-intéressant, me faisait un
cours d histoire littéraire hongroise. Le beau mouvement, la grande
qu’ils ne sont plus là, les chefs de la nouvelle école : Kisfaludv, qui, le
premier, remit en honneur la langue magyare dans ses récits épiques, ses
deuil; Vœrœsmarty, le poète des chants désespérés, qui agitait sans cesse
au fond des cœurs les saintes colères des vaincus, qui remuait dans ses vers
Jeune clame hongroise.
poussée nationale qui précéda la révolution de 1848, s’est arrêté; il est vrai
strophes délicates et éloquentes où il peint la nature en joie et la patrie en
brûlants les souvenirs des désastres de son pays, entretenant à la fois la
souffrance et l’espoir; Arany, le chantre des légendes guerrières; Pétœfi,
le poète des solitudes rêveuses de la puszta, des naïves histoires de village,
des aventures de guerre et d’amour, des fougues désordonnées de la jeu
nesse, le chantre enthousiaste de la patrie et de la liberté, « de la richesse
et des splendeurs de son beau pays, de ses champs de blé d or, de son
vin de feu, de ses chevaux rapides» : Pétœfi, qui fut à la fois le Kœrnei, le
Béranger et le Musset de la Hongrie. « Et cependant, me dit M. Sturm, les