Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE. 
207 
comme une robe de moire argentée. Bientôt on distingue nettement Tihanv 
juché sur sa butte, terminée en falaise du côté du lac, et qu’un isthme 
formé d’une succession de cratères éteints relie au rivage. Le monastère et 
l’église, avec leurs hautes murailles blanches, se détachent, pareils à une 
de ces ravissantes vignettes sur fond d’azur et encadrées d’or qui ornent 
les vieux missels gothiques. Füred vous apparaît aussi dans sa baie ver 
doyante, et l’on est tout heureux de revoir des collines et des arbres, un 
gracieux paysage alpestre qui semble avoir été expédié tout fait de 1’Ober 
land, comme les chalets qui s’y encadrent. 
Deux hôtels s’élèvent sur les bords du lac, grandioses et majestueux 
comme des palais. Ils ont été construits par les Bénédictins de Tiban y, 
propriétaires des bains de Füred depuis l’an 1055. Le roi André I er , qui 
bâtit leur monastère sur le promontoire de Tiliany, leur donna la contrée 
environnante, qu'ils ont colonisée, cultivée, peuplée et embellie. Ils ont 
créé Füred, qui, grâce à eux, est devenue la ville d’eau la plus importante 
de Hongrie, le Trouville magyar. Non-seulement ils y ont élevé des hôtels, 
mais ils y ont encore construit un hospice, un théâtre, une église cathor 
lique, un temple protestant et une petite synagogue. 
Füred est une station balnéaire qui fait plaisir à voir, et où il n’y a que 
des gens très-cossus et bien portants. Les médecins ont si peu à faire qu’ils 
engraissent comme des marchands de fromages, et que, ne pouvant louer 
leurs services, ils en sont réduits à louer leur villa. Les maisons de Füred 
sont groupées au bord du lac, dont elles ne sont séparées que par les 
pelouses et les bosquets d'un vaste jardin anglais. Quelques villas, épar 
pillées sur les pentes, mettent çà et là, au milieu des vignes vertes, une 
tache blanche. 
L’aspect de cette station d’été est délicieux, et la vie qu'on y mène est 
celle des saints en paradis. Le matin, on s’éveille aux sons de la musique; 
à midi, si I on veut, ou dîne encore en musique, et le soir, on se promène 
de nouveau au milieu des plus douces mélodies. Seulement, au lieu de 
harpes célestes, et au lieu de porter des tuniques de satin bleu, ceux qui 
jouent du violon et frappent du cymbalum sont vêtus de redingotes noires, 
ce qui ne les empêche pas d’être des Tziganes authentiques, garantis par le 
gouvernement, auquel ils payent patente. 
Deux fois par jour, 1 orchestre des bains se fait entendre dans la petite ro 
tonde de bois qui s’élève sur la promenade. L’heure de la musique réunit 
toutes les classes de la société : on se promène par groupes, ou s’arrête 
pour se saluer et causer ; on se croirait dans une serre transformée en 
salon. Les toilettes les plus envahissantes trouvent, dans ces allées, toute
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.