Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA  HONGRIE,  DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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comme  une  robe  de  moire  argentée.  Bientôt  on  distingue  nettement  Tihanv
juché  sur  sa  butte,  terminée  en  falaise  du  côté  du  lac,  et  qu’un  isthme
formé  d’une  succession  de  cratères  éteints  relie  au  rivage.  Le  monastère  et
l’église,  avec  leurs  hautes  murailles  blanches,  se  détachent,  pareils  à  une
de  ces  ravissantes  vignettes  sur  fond  d’azur  et  encadrées  d’or  qui  ornent
les  vieux  missels  gothiques.  Füred  vous  apparaît  aussi  dans  sa  baie  verdoyante, ­
  et  l’on  est  tout  heureux  de  revoir  des  collines  et  des  arbres,  un
gracieux  paysage  alpestre  qui  semble  avoir  été  expédié  tout  fait  de  1’Oberland, ­
  comme  les  chalets  qui  s’y  encadrent.
Deux  hôtels  s’élèvent  sur  les  bords  du  lac,  grandioses  et  majestueux
comme  des  palais.  Ils  ont  été  construits  par  les  Bénédictins  de  Tiban  y,
propriétaires  des  bains  de  Füred  depuis  l’an  1055.  Le  roi  André  I er ,  qui
bâtit  leur  monastère  sur  le  promontoire  de  Tiliany,  leur  donna  la  contrée
environnante,  qu'ils  ont  colonisée,  cultivée,  peuplée  et  embellie.  Ils  ont
créé  Füred,  qui,  grâce  à  eux,  est  devenue  la  ville  d’eau  la  plus  importante
de  Hongrie,  le  Trouville  magyar.  Non-seulement  ils  y  ont  élevé  des  hôtels,
mais  ils  y  ont  encore  construit  un  hospice,  un  théâtre,  une  église  cathor
lique,  un  temple  protestant  et  une  petite  synagogue.
Füred  est  une  station  balnéaire  qui  fait  plaisir  à  voir,  et  où  il  n’y  a  que
des  gens  très-cossus  et  bien  portants.  Les  médecins  ont  si  peu  à  faire  qu’ils
engraissent  comme  des  marchands  de  fromages,  et  que,  ne  pouvant  louer
leurs  services,  ils  en  sont  réduits  à  louer  leur  villa.  Les  maisons  de  Füred
sont  groupées  au  bord  du  lac,  dont  elles  ne  sont  séparées  que  par  les
pelouses  et  les  bosquets  d'un  vaste  jardin  anglais.  Quelques  villas,  éparpillées ­
  sur  les  pentes,  mettent  çà  et  là,  au  milieu  des  vignes  vertes,  une
tache  blanche.
L’aspect  de  cette  station  d’été  est  délicieux,  et  la  vie  qu'on  y  mène  est
celle  des  saints  en  paradis.  Le  matin,  on  s’éveille  aux  sons  de  la  musique;
à  midi,  si  I  on  veut,  ou  dîne  encore  en  musique,  et  le  soir,  on  se  promène
de  nouveau  au  milieu  des  plus  douces  mélodies.  Seulement,  au  lieu  de
harpes  célestes,  et  au  lieu  de  porter  des  tuniques  de  satin  bleu,  ceux  qui
jouent  du  violon  et  frappent  du  cymbalum  sont  vêtus  de  redingotes  noires,
ce  qui  ne  les  empêche  pas  d’être  des  Tziganes  authentiques,  garantis  par  le
gouvernement,  auquel  ils  payent  patente.
Deux  fois  par  jour,  1  orchestre  des  bains  se  fait  entendre  dans  la  petite  rotonde ­
  de  bois  qui  s’élève  sur  la  promenade.  L’heure  de  la  musique  réunit
toutes  les  classes  de  la  société  :  on  se  promène  par  groupes,  ou  s’arrête
pour  se  saluer  et  causer  ;  on  se  croirait  dans  une  serre  transformée  en
salon.  Les  toilettes  les  plus  envahissantes  trouvent,  dans  ces  allées,  toute
            
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