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LA HONGRIE
la place qu’il leur faut pour se déployer. Mais les Hongroises possèdent à
fond cette science toute parisienne qui consiste à s’habiller avec goût et
mesure; elles ont surtout cet air de distinction naturelle qui donne un si
grand cachet à la robe la plus simple. Généralement élancées, leur taille
est souple, pleine de grâce; si la plupart sont brunes, on rencontre ce
pendant parmi elles des blondes éblouissantes; et même celles-ci n’ont rien
de vaporeux et d anémique comme ces clairs de lune allemands emmanchés
d’un long cou posé tant bien que mal sur deux épaules maigres : c’est, au
contraire, la santé, la force, la beauté physique dans toute sa vigueur et
son épanouissement : on dirait que le soleil leur a infusé dans les veines
ses rayons de feu.
Les dames de 1 aristocratie étalent ici beaucoup moins de luxe que les
femmes des riches commerçants juifs de Pest et des autres villes de la
monarchie. Füred remplace avantageusement pour les Israélites hongrois
la Terre promise; ils y viennent en grand nombre chaque été vivre «au
sein de l’abondance », comme dans les opéras de M. Scribe, après avoir
dansé dix mois le ballet des Florins autour du Veau d’or. Les juives n’ont
pas en Hongrie ce mauvais goût qu’on leur reproche, de rechercher les
parures criardes. Leur folie, leur enfantillage de modes est grand ; mais
en exagérant même leur costume, elles sont si belles et d’une fraîcheur de
carnation si étonnante! Je ne sais quel secret elles possèdent pour demeurer
si longtemps jeunes; l une d’elles me présenta un jour à mon grand éton
nement ses cinq enfants : je l’avais prise pour une jeune fille de vingt ans,
et (die n’en avait peut-être pas beaucoup plus, 'car en Hongrie, on se
marie d’aussi bonne heure qu’en Orient.
11 n’y a pas seulement à Füred des représentants de la haute et de la
moyenne aristocratie, et beaucoup de juifs; il y a encore un nombre infini
de curés, de moines, d’abbés, de prélats en hautes hottes, en gants blancs
et en chapeau mou, qui se promènent la pipe à la bouche et la canne à la
main.
Ln allant vers les cinq heures au théâtre, j’aurais pu m’écrier comme le
président des Brosses entrant au théâtre de \érone : « Je n’ai jamais vu
tant de moines à la procession qu il y en avait à la comédie. » Les pre
mières rangées de bancs, droit derrière 1 orchestre, n étaient occupées que
par des prêtres et des prélats aux gants chargés d anneaux, et maniant
leurs lorgnettes d’ivoire. On donnait la jolie opérette de Gille et Jaime :
la Cour du roi Pétaud.
Le lendemain, j’allai visiter le pittoresque monastère de Tihany. C’est
h excursion obligée de tous ceux qui viennent à Füred. M. A. Sturm, un