M
CHAPITRE XIV
Le village de Nagy-Korpad. — L’auberge. — La maison du juge. — La justice en Hongrie. ■—
Chez M. le pasteur. — Comment la réforme s’introduisit aux sons du violon. — L’école du
village. — Chez les Tziganes.
Une prison champêtre.
L’invitation des deux
paysans n’était pas de
celles qu’on refuse, mais
qu’on provoque. Le len
demain donc, immédia
tement après le déjeuner,
je remontai en voiture
avec M. L..., et nous ga
lopâmes du côté du vil
lage de Xagy-Korpad. Le
temps me favorisait ; la
journée s’annoncait de
nouveau superbe; l’air était d’une transparence élyséenne, et le soleil
déroulait ses larges nappes de lumière comme des champs de blé d’or au
milieu des steppes.
Une demi-heure après, nous étions au village, roulant sur le sable d une
large rue que vingt chevaux auraient pu traverser de front. Les maisons se
dressaient à la file, à une assez grande distance les unes des autres, toutes
blanches, comme des tentes, et à demi cachées dans des massifs d’acacias.
Derrière les palissades et les murs de terre, on apercevait de temps en
temps la tête curieuse d’une jeune fille ou d’une vieille femme qui nous
regardait passer. Des troupeaux d’oies, faisant de larges plaques neigeuses,
dormaient au soleil, et des cochons criaient autour de nous avec une fami
liarité de chiens se promenant dans les rues.
A mesure que nous avancions, l’église grandissait a nos yeux, avec son
liant clocher revêtu de fer-blanc. En face de l’église s’élève une grande