Object: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE. 
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zwanzig lui semblait toujours une si grosse somme, qu’il prit patience sans 
trop murmurer. A la fin de l'hiver, son manteau ressemblait à une toile 
d’araignée déchirée. 
De nouveau les vents d’automne avaient emporté les dernières dépouilles 
des arbres, et la gelée blanchissait les prairies. 
L’oncle de Mirko se sentit grelotter. 
Il se fit conduire dans la maison du jeune homme des Confins; mais 
celui-ci lui dit : « J’ai perdu ma femme, je suis ruiné; j irai moi-même 
t apporter ton argent aussitôt que je le pourrai. » 
L’aveugle s’en revint sans insister, mais avec la résolution bien prise que 
ce délai serait le dernier. 
L’hiver se passa, l’été se passa, l’automne revint. Le vieillard n avait 
eu aucune nouvelle de son débiteur, lorsqu’un jour il apprit que celui-ci 
devait se remarier avec une jeune fille qui lui apportait bien des zwanzigs 
en dot. 
ïl se rendit sans tarder auprès de lui : 
— Pave-moi, lui dit-il. Je sais que tu as de l’argent. 
— Laisse-moi tranquille, lui répondit le Confinaire. 
—Voilà trois hivers que j’ai froid, voilà trois ans que j’attends, continua 
F aveugle; je n’attendrai pas davantage. 
— Vieux fou, s’écria l’autre en lui fermant sa porte au nez; vieux fou qui 
cours pendant trois ans après un zwanzig! 
L’oncle de Mirko se retira. Mais le jour de la noce du jeune homme, il 
alla se poster à l’entrée du village, au bord de la route ; et lorsque 1 époux 
passa, il le reconnut à la voix et lui dit : « Paye-moi, si tu veux que le 
ciel bénisse ton mariage. » 
Le paysan se mit encore à rire et repoussa brutalement le vieillard. 
Des cris joyeux, des détonations de pistolet annoncèrent peu après le 
passage de la noce. 
Au moment où le cortège se disposait à franchir le seuil de F église, 
l aveugle s’avança tout à coup, et se mettant en travers de la porte : “Je 
ne te laisserai pas entrer, dit-il à l’époux, que tu ne m’aies payé ce que 
tu me dois. » 
Les garçons de la noce écartèrent le vieux guslar, et le cortège entra. 
Le soir, au moment où le nouveau marié se levait de table pour emmener 
sa femme de la maison paternelle dans la sienne, l’aveugle reparut. 
— Où est Franjo? demanda-t-il. 
Mais les convives, que le vin rendait gais, au lieu de lui répondre, se 
mirent à le plaisanter :
	        
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