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PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE.
borne à en retrancher une portion. Dans tous les pays riches, il y a
un certain nombre d’hommes qu’on appelle capitalistes ; ils ne font
aucun commerce, et ils vivent de l’intérêt de leur argent, qui est em
ployé à escompter des effets de commerce, ou qui est prêté à la classe la
plus industrieuse de l’État. Les banquiers consacrent aussi une grande
partie de leurs capitaux aux mêmes opérations. Ces fonds, ainsi em
ployés, forment un capital circulant très-considérable, qui est employé
en quantités plus ou moins grandes dans tous les genres d’industrie. 11
n’est peut-être pas de manufacturier, quelque riche qu’il soit, qui cir
conscrive ses opérations dans le cercle que ses propres fonds lui per
mettent. 11 a ^toujours une certaine portion de caj)ital flottant dont
la somme augmente ou diminue, selon que la demande pour ses pro
duits est plus ou moins active. Quand ily agrande demande de soieries,
celle des draps diminuant, le fabricant de draps ne détourne pas son ca
pital vers le commerce de la soierie ; il renvoie quelques-uns de ses ou
vriers, et cesse d’emprunter de l’argent aux banquiers et aux capi
talistes. Le fabricant de soieries se trouve dans une situation tout
opposée ; et a besoin d’employer plus d’ouvriers, et par conséquent le
besoin d’argent s’accroît pour lui ; il en emprunte en effet davantage,
et le capital est ainsi détourné d’un emploi vers un autre, sans (ju’uii
seul manufacturier soit forcé de suspendre ses travaux ordinaires. Si
nous portons les yeux sur les marchés des grandes villes, nous ver
rons avec quelle régularité ils sont pourvus de toutes sortes de den
rées nationales et étrangères dans la quantité requise. Quelque va
riable qu’en soit même la demande par l’effet du caprice, du goût,
ondes variations sur veninas dans la population, il arrive rarement
qu’on ait à signaler soit un engorgement par un approvisionnement
surabondant, soit une cherté excessive, ])ar la faiblesse de l’approvi
sionnement comparée à la demande. On doit donc convenir que le
principe qui distribue le capital à chaque branche d’industrie, dans
des proportions exactement convenables, est plus puissant qu’on ne
le suppose en général.
Le capitaliste qui cherche un emploi plus profitable pour ses fonds,
doit naturellement peser tous les avantages qu’un genre d’industrie
peut avoir sur un autre. Par cette raison, il pourrait renoncer à un
emploi plus profitable de son argent, pour un autre emploi qui lui
offrirait plus de sûreté, de propriété, de commodité, ou tout autre
avantage réel ou imaginaire.
Si, par de telles considérations, les profits des capitaux étaient
réglés de manière à ce que dans un genre d’industrie ils fussent de