Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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LA  GUERRE  DES  BALKANS.

ment  n’en  avait  pas  le  droit.  Elle  se  prépara  aux  événements
qui  ne  pouvaient  pas  manquer  de  se  produire  dans  la
péninsule  des  Balkans.
Elle  comptait,  un  peu  naïvement,  sur  les  bons  office  ^  du
gouvernement  allemand,  auquel  elle  avait  permis  d’écraser
la  France  en  contenant  l’Autriche  par  une  menace  d’intervention. ­
  Elle  ne  savait  pas  qu’avec  le  comte  de  Bismarck  il
fallait  se  payer  immédiatement  du  service  qu’on  lui  rendait,
et  lui  éviter  toute  tentation  d’ingratitude.  Elle  ne  comprenait
pas  les  nécessités  diplomatiques  de  l’Allemagne  nouvelle.
Car  rAutriche-Hongrie,  éloignée  de  l’Allemagne,  restait
pour  le  gouvernement  prussien  un  danger  redoutable  si  elle
n’obtenait  d’autres  satisfactions  ;  il  fallait  que  Bismarck  l’aidât ­
  à  accentuer  son  orientation  politiqne  à  l’opposé  du
Rhin,  vers  le  Danube  inférieur  et  les  Balkans.  Pour  n’être
plus  allemande,  il  fallait  qu’elle  devînt  danubienne  :  c’était
une  évolution  politique  et  territoriale  à  laquelle  elle  était
malgré  elle  entraînée  depuis  deux  siècles  ;  il  fallait  la  lui
faciliter  pour  qu’elle  cessât  d’être  la  rivale  de  la  Prusse.
Dans  cette  pensée,  Bismarck  fut  très  satisfait  de  la  chute  du
comte  de  Beust,  chancelier  d’Autriche,  et  de  son  remplacement ­
  par  le  comte  Andrassy,  très  résolument  décidé  à
renoncer  à  toute  intervention  en  Allemagne  et  à  surveiller
les  agissements  de  la  Russie  en  Orient  (14  novembre  1871).
Andrassy  après  Beust,  c’est  le  signe  manifeste  de  toute  la
nouvelle  politique  autrichienne.
Le  gouvernement  russe  en  montra  bien  quelque  inquiétude ­
  ;  Bismarck,  —  et  ce  n’est  pas  son  moindre  succès  —
réussit  à  le  tranquilliser.  Le  tsar  Alexandre  II,  d’ailleurs
très  étroitement  lié  d’amitié  à  son  oncle  Guillaume  I",  ne
voulait  pas  douter  de  sa  bonne  volonté.  Une  triple  entrevue
à  Berlin  (septembre  1872)  parut  sceller  pour  longtemps
«  l’alliance  des  trois  empereurs  ».  Ils  s’engagèrent  à  maintenir ­
  en  Europe  la  situation  territoriale  résultant  des  derniers ­
  traités,  à  résoudre  ensemble  les  difficultés  que  pouvait ­
  faire  naître  la  question  d’Orient,  à  combattre  ensemble
l’esprit  révolutionnaire:  le  mouvement  nihiliste  alarmait
fort  le  tsar.
Le  prince  Gortchakof  pensait  donc  que  le  gouvernement
aile  U  and  favo  iserait  ses  desseins  sur  l’Orient;  ils  étaient
ambitieux  :  vieillissant,  il  lui  eût  été  agréable  de  couronner
sa  carrière  de  quelque  grande  œuvre  ;  les  lauriers  de  Bismarck ­
  l’empêchaient  de  dormir.  Il  s’était  cru  très  habile  à
            
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