96 ÉVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA BELGIQUE
il, se nourrir d’herbes et de charognes, que l’on se
disputait avec l’acharnement de la faim ; les cultivateurs
devaient monter la garde, le fusil à l’épaule, devant
leurs récoltes encore vertes ; des bandes d’affamés, au
teint livide, aux cheveux hérissés, aux haillons déchirés
et sordides, assiégeaient les portes des villes qui
se fermaient impitoyablement devant elles. La moitié
de la population des campagnes devait être secourue
par l'autre moitié et celle-ci n’avait que le strict nécessaire.
Les fermes étaient assaillies de mendiants. Les
indigents, en majorité dans bien des régions, disputaient
la nourrituie au bétail et allaient jusqu’à déterrer
les plantes de pommes de terre pour les manger.
Le chiffre de la population baissait rapidement. En 1846
l’arrondissement de Roulers-Thielt eut à enregistrer
4.580 décès pour 2.800 naissances et l’émigration faisait
perdre plus d’habitants encore. Le 3t décembre 1846,
la Flandre orientale à elle seule comptait 215.166 assistés
de la charité publique (1); 42,552 fileuses étaient inscrites
aux bureaux de bienfaisance (2).
La décadence de la filature à la main se poursuivait
et en 1896, de 300,000 fileuses à la main que l’on pouvait
compter au début du XIX° siècle en Belgique, il
(1) J’emprunte cette description à l’excellent ouvrage de L. Varlez, que
j’ai cité déjà si souvent : Les salaires dans l’industrie gantoise, v. II. p.
XI/V.
(2) L. Wolowski. Etudes d’économie politique et de statistique. Paris,
1848