GÉNÈSE DU CAPITAL INDUSTRIEL
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fonctionnaires, chargés de présider les ventes, se por
taient connue enchérisseurs et intimidaient les autres
concurrents pour acquérir les biens à vil prix (1).
A Huy, par exemple, l’Administration communale
procéda plusieurs fois, sans la moindre publicité, aux
ventes des biens nationaux, des of’iciers municipaux
et des employés de la Ville ayant trouvé ce moyen
très simple pour les acquérir à vil prix (2).
La loi du 11 mai 1790 favorisa les spéculations.
Elle exigeait le versement de 12 0 / o du prix dans la
quinzaine de la vente et accordait douze ans pour payer
le reste du compte par annuités. L’acquéreur tavait
toujours le droit d’anticiper le paiement de tout ou
partie de sa dette. (3) Comme les paiements pouvaient
être faits en assignats, et que ceux-ci perdirent en
quelques années plus de 90 % de leur valeur, on peut
s’imaginer à quel prix infime les biens nationaux pas
sèrent entre les mains des particuliers.
« Mettre en vente en 1791, écrit Lecarpentier, des
étendues, de grosses métairies, de grands domaines ;
accorder aux acquéreurs douze ans pour payer ; accep
ter les assignats en paiement de ces biens pour leur
valeur nominale et déprécier ce papier-monnaie par des
émissions fantastiques, qu’était-ce donc véritablement
(1) L. DeLauzacde Laborie. La domination française en Belgique, v. II
p. 174 et 175.
l 2) J. Demarteau. La Révolution française à Liège et les classes popu
laires. Conférences de la Société d'art et d’histoire du diocèse de Liège,
1888, p.205.
(3) G. Lecarpentier. La vente des biens ecclésiastiques pendant la Révo
lution française. Paris, 1908, p. 70,