LA DÉCADENCE DE L’INDUSTRIE A DOMICILE 265
s’étend aussi quelquefois à la production ; nous assistons
alors à la décomposition du travail. Ce cas est
loin d’être général, il est plutôt rare (voir p. 273 ss.)
Illustrons cette constatation par quelques exemples.
L’ancien tisserand-artisan achetait lui-même son lin
et vendait ses toiles sur les marchés de Courtrai,
Gand, Roulers, etc. ; il était à la fois fabricant, ouvrier,
marchand (1). Cette ancienne organisation industrielle,
qui persistait encore vers 1810 dans les Flandres, faisait
du petit tisserand isolé le maître absolu de la fabrication.
Chacun tissait comme il l’entendait et selon les
habitudes, dont il n’éprouvait pas le besoin de se défaire,
puisqu’il était assuré de vendre quand même. Mais la
concurrence apparaît ; le monopole des toiles flamandes
est entamé en France, en Espagne, en Belgique
même par les fabricants anglais. Le consommateur a
des exigences nouvelles que le tisserand isolé ignore.
Il faut une direction dans le tissage, il faut se mettre
en mesure de suivre la mobilité des demandes (2).
Sous la pression de ces circonstances économiques,
une nouvelle organisation du travail s’élabore et se
développe. La fabrication des toiles adopte des formes
mieux appropriées aux nécessités de la lutte industrielle,
plus âpre et plus rude.
L’organisation nouvelle donne à l’industrie le patron,
le manufacturier qui dorénavant prendra cette
(1) Office du travail. Industries à domicile, v II, p. 68.
(2) Ib. p. 67.