Full text: L'évolution industrielle de la Belgique

292 ÉVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA BELGIQUE 
l’entrepreneur consiste donc dans la possibilité de 
rejeter sur l’ouvrier les risques professionnels. 
C’est seulement grâce à une exploitation de la main- 
d’œuvre, impossible en atelier, que la production dé 
centralisée peut résister à la fabrique. 
Bas salaires et longues journées de travail, voilà ce 
que nous rencontrons, à quelques exceptions près, dans 
toutes les industries à domicile. Comme il est impos 
sible de donner une statistique des salaires de l’indus 
trie à domicile (1), je me contenterai de quelques ex 
emples frappants, accompagnés des conclusions de l’en 
quête. 
La situation économique des dentellières, au nombre 
de 47.000 en 1896, est spécialement triste. Voici quelques 
exemples; une jeune fille travaille 12 1/2 heures par 
jour et gagne pour ce temps 0.67 fr. (v. V, N° 141) ; 
une jeune fille de 18 ans gagne 1 franc, une dentelliè 
re très habile 2 francs en 14 heures (v. V N os 146 et 226). 
Ce ne sont pas la des exceptions. « Les facteurs ont 
compris, nous dit Verhaegen, que rien ou presque 
rien ne devait les arrêter dans leur âpre poursuite de 
la fortune, et ils ont inauguré, depuis une trentaine 
d’années, un régime qui n’a peut-être pas son équiva 
lent parmi les industries à domicile établies en Belgi 
que. C’est le sweating System avec son cortège d’abus 
et de misères, ses longues heures de travail et les dé 
fections qui se produisent tous les jours plus nom 
breuses dans les rangs de ses victimes » (2). 
(1) Voir mon article « Die Lage der Hausindustrio in Belgien » 
Soziale Praxis, 1908 (5 novembre) p. 138. 
(2) Office du travail. Industries à domiicile, v. V, p. 39.
	        
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