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A. RÆDER
nienne pour le sentiment d’unité et la vie commune pacifique des
Hellènes soit exagérée. Il n’en est pas moins vrai que le corps
sacerdotal de Delphes exerça, surtout au VI e siècle, une grande
influence dont le but était d’élever le niveau éthique et intellectuel
du peuple hellène et d’augmenter le sentiment de communauté entre
toutes les villes grecques éparses dans les pays méditerranéens 1 , c’est
donc avec une certaine raison que Plutarque appelle Delphes, le
« foyer commun de l’Hellade » 2 .
Il n’y avait donc qu’un pas à faire pour utiliser Delphes, c’est
à-dire le corps sacerdotal de Delphes, comme arbitre. Comme on le
sait, c’est surtout dans le domaine de la colonisation et du droit
colonial que Delphes occupa une situation prépondérante. Il était
rare qu’une colonie grecque fut fondée sans qu’Apollon fût d’abord
interrogé. Aussi est-ce dans le domaine des conflits coloniaux, que
l’on peut s’attendre à voir d’abord l’Oracle utilisé comme arbitre.
C’est d’ailleurs ce qui arrive ; dans les deux cas où il est question
d’arbitrage rendu par Delphes, il s’agit de différends coloniaux.
Dans l’un de ces cas, en l’an 435, au cours de son différend avec
Corinthe au sujet de leur colonie presque commune d’Epidamnos,
Corcyre offrit à Corinthe de laisser trancher le différend par l’arbi
trage, soit d’un état du Péloponèse, soit de Delphes 3 . L’autre cas
est un peu plus récent, il date de l’an 333.
Les deux villes de l’Asie Mineure, Cymé et Clazomène étaient
tombées en désaccord au sujet de la propriété de la citadelle Leuké 4 .
Le nœud du conflit consistait sans doute à savoir laquelle de ses
deux colonies, depuis l’époque de sa fondation, avait droit à la ré
gion où Leuké s’élevait. Le point litigieux rentrait donc dans ce
qu’on peut appeler le droit colonial.
Meier 5 a cru trouver un exemple d’arbitrage avec l’Oracle comme
arbitre dans le récit donné par Diodore 6 du différend qui s’éleva au
sujet de la colonie sud-italienne de Thurioi. Il y voit une lutte entre
1 G. Busolt. Gr. St. und Rechtsalt. p. 65. — 2 Plut. Arist. 20 : A xolv A éoxia. —
8 n° IX. - 4 n° XX. - 8 1. c. p. 38. - ° XII, 35.