Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE. 
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cette confusion sans nom d’objets disparates : ce capharnaürn exhalant une 
odeur de mort, de pourriture, de troisième dessous et de puante juiverie. 
Un piano éventré trébuche à côté d’un cercueil d’occasion posé à terre 
comme une grande caisse vide; des béquilles et des jambes de bois sont 
entassées dans des chars d’enfants; des robes de moine jetées aux orties 
pendent au même crochet que des robes de soie et des jupes de danseuses; 
des trompettes, des crinolines, des volumes de vers, des pendules qui ont 
sonné des heures de joie, des coffrets à bijoux éventrés, des manteaux 
de fourrure, des harpes aux cordes brisées, des sabres de famille, des por 
traits d’ancêtres, des chaudrons, des fers à repasser, des entonnoirs, des 
cruches et des décorations étrangères, des chandeliers et des cages avec 
des colombes, tout cela s’étale sous vos yeux comme les funérailles de la 
nchesse, du luxe, du plaisir, de toutes les vanités humaines! 
Nous avions enfilé une ruelle mal pavée qui devait nous conduire au 
contre de la ville. A mesure que nous avancions, une petite musique claire 
venait en sautillant au-devant de nous. Au bout de quelques minutes, 
nous fûmes au seuil du cabaret d’où elle s’échappait. La porte était ouverte; 
des ouvriers debout devant le comptoir levaient vivement le coude et 
s’éclaircissaient le « coco » d’une dernière gorgée d’élixir de hussard. 
La mélodie, maintenant mêlée de cris et de chants, sortait d’une pièce 
voisine donnant sur une cour intérieure. L’aubergiste nous y conduisit. Les 
murs de la chambre étaient noirs, et des odeurs vineuses flottaient dans 
1 air chaud; une quarantaine d’individus, en tenue d’ouvriers et d’em 
ployés, s’agitaient dans la fumée, ayant presque tous leur cocarde. 
U y en avait un grand, debout sur la table, qui pérorait en agitant ses 
bras maigres de moulin à vent. Cette réunion était une réunion électorale. 
Un nous invita à boire ; on nous distribua, imprimées sur du papier rose 
et du papier vert, des chansons satiriques contre les candidats du parti 
adverse; et comme le bruit s’était répandu qu’il y avait dans la salle un 
franczia bacsi, — un frère français, — l’orchestre des Tziganes exécuta 
aussitôt la Marseillaise en mon honneur. 
Quand nous sortîmes, les musiciens nous accompagnèrent en jouant 
jusqu’au bout de la rue. 
Nous étions revenus dans les beaux quartiers ; de grandes maisons 
montaient droites des deux côtés des trottoirs, alignées comme des soldats 
prussiens. 
Une lanterne rouge brillait au-dessous de l’entrée d’une cave, éclairant 
une lueur sanglante les larges pavés. 
Ce commissaire nous dit que c’était un bal public fréquenté par les
	        
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