COMMENT SE RÈGLE LA PRODUCTION 17
faits que la précédente, car de même que la première sem-
blait en contradiction avec la hausse générale des prix,
celle-ci semble démentie par la hausse des salaires qui, géné-
ralement, précède les crises. Pourquoi l’impossibilité pour
la classe ouvrière de racireter avec son salaire le produit de
son travail se manifesterait-elle précisément à la suite de la
période où elle a gagné le plus et où par conséquent son
pouvoir de consommation s’est accru? On peut comprendre
que la sous-consommation existe à l'état d’un mal chro-
nique, qu’elle suflise pour expliquer la misère et le paupé-
risme, mais on ne voit pas pourquoi cette sous-consomma-
tion se manifesterait sous la forme de crise à un moment
donné et avec des retours réguliers ?
D'ailleurs, en admettant même la théorie qui fait le fond
de cette explication, à savoir que la classe salariée touche
de moins en moins sur le produit de son travail et se trouve
ainsi de plus en plus spoliée par la classe possédante, on ne
voit pas pourquoi il en résulterait une insuffisance générale
de la consommation, car pourquoi les spoliateurs ne con-
sommeraient-ils pas tout autant que les spoliés ? Auraient-ils
moins d’appétit? C’est peu probable. Ils consommeront
autre chose, c’est entendu: il y aura moins de consommation
de denrées de première nécessité et plus de consommation
des articles de luxe — mais ce devrait être tout à l’avantage
de l'industrie qui gagne généralement plus sur ceux-ci que
sur celles-là?
€). Aussi les économistes s'accordent généralement
aujourd’hui sur une troisième explication ; ils voient la cause
des crises dans la surcapitalisation plutôt que dans la surpro-
duction. Quoique cette théorie elle-même comporte de
nombreuses variantes, voici, dans ses caractères les plus
généraux, comment elle se présente.
S'il ne s’agissait pour l’industrie que d’adapter au jour le
jour la production aux besoins, ce serait assez facile ; et
mème si elle n’y arrivait pas exactement il n’en résulterait
pas une crise — pas plus qu’il n’y a de crises lorsqu’un
pâtissier, ayant mal calculé les besoins de ses clients, se
van
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