f PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
Nous voici ramenés à la question posée au début de ce
chapitre. Si la crise n’est qu’un phénomène physiologique,
un rythme normal, comme les pulsations de l’organisme
économique, il n’y a qu’à laisser faire. Mais s’il faut y voir
un trouble pathologique, alors, en effet, la recherche d’un
remède est assez indiquée. Or il semble bien résulter de
l’examen des causes que nous venons de passer en revue,
quelle que soit celle qui paraisse la mieux fondée, que
toutes impliquent un certain désordre et des conséquences
fâcheuses qu’il faudrait tâcher d’éviter.
Mais l’indication du remède dépendra évidemment de la
cause supposée. Si on croit que c’est la surproduction, il
faudra s'appliquer à limiter cette production : par exemple,
par l'institution des cartels et trusts (voir ci-après) qui, en
réglementant la production, empêcheraient la hausse exa-
gérée des prix et par suite leur baisse aussi, ou tout au
moins, comme on l’a dit pittoresquement, leur serviraient
de parachute; — ou peut-être simplement par un régime coo-
pératif où la production, n'étant organisée qu’en vue des
besoins et non en vue du profit, ne serait pas incitée à une
surproduction excessive et purement spéculative.
Si on voit la cause de la crise dans le fait que la classe
ouvrière’ n’a pas les moyens d'augmenter sa consommation
aussi rapidement que s’accroît la production, on cherchera
le remède dans l’établissement d’un régime socialiste qui
assurerait à l’ouvrier l’intégralité du produit de son travail.
Si on voit la cause des crises dans la sürcapitalisation, il
faudra compter sur les banques, qui sont les grands et
presque uniques dispensateurs du crédit. C’est à elles qu’il
incombera d’intervenir au moment voulu — soit, quand elles
voient que l’accélération de la circulation devient inquié-
tante, en élevant le taux de l’escompte afin de resserrer le
crédit (voir au Ch. Banques) ; — soit au contraire, quand la
crise est imminente, en se hâtant de procéder au sauvetage
des maisons qui seraient les premières à sombrer et dont la
chute déterminerait l’écroulement général. La législation
peut aussi peut-être exercer une action préventive, soit en
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