Full text : Principes d'économie politique

LA DIVISION DU TRAVAIL ;
La division du travail suppose, par définition même, l’association
 — mais non pas nécessairement une association consensuelle,
 ni même consciente : c’est-à-dire qu'elle peut
fonctionner alors mème que ceux qui y participent l’ignorent.
Elle peut être spontanée, automatique. C’est précisément ce
qui lui donne le caractère d’une loi naturelle.
La division du travail est un des rares faits économiques
— avec l'épargne — qui se retrouve chez certaines espèces
animales.
Il faut distinguer plusieurs formes de division du travail
qui correspondent à des phases successives de l’évolution
économique.
1° Dans là première, celle de l’économie domestique, la
division du travail n’existe qu'à l’état embryonnaire : chaque
membre de la communauté fait un peu de tout, ce tout d’ailleurs
 n’étant pas très varié. Cependant, là déjà, la division du
travail apparaît sous la forme imposée par la nature, celle de
la différenciation des sexes.
Mais cette division primitive du travail est loin de
répondre à ce que nous appellerions aujourd’hui les aptitudes
propres à chaque sexe : à l'homme les travaux de force, à la
femme les travaux du ménage. Nullement. L'homme a pris
les travaux nobles, c’est-à-dire la guerre, la chasse, la garde
du bétail, et la femme les travaux vils, non seulement ceux
du ménage, du tissage, mais ceux du transport, comme de
vraies bêtes de somme, et même de la culture : cura agrorum
feminis delegata, dit Tacite en parlant des Germains — et
c’est ce que nous voyons aujourd’hui encore chez toutes les
peuplades de l’Afrique. La femme a été le premier esclave ; et
l’esclavage proprement dit, celui des captifs, a été pour elle
sa première émancipation! notamment l’a libérée du travail
écrasant qui consistait à broyer le grain et à tourner la
meule (1).
(1) D'après Bücher, l'homme aurait eu comme tâche de se procurer la nourriture
 animale (chasse, puis garde des troupeaux}; — et la femme, la nourriture
végétale (cueillette, puis agriculture). On voyait naguère encore dans certaines
tribus arabes la femme attelée avec l’âne ou le chameau à la même charrue.
Et cette division des täches ne parait nullement découler d'aptitudes spéciales
Gior P. R. 25e Edition.

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