LA CONCENTRATION DE LA PRODUCTION 225
propriétaire sous forme d’aetions de la société nouvelle, du
trust. Les directeurs de celui-ci tenaient donc tout dans leurs
mains et gouvernaient à leur gré cette agglomération d’entre-
prises, supprimant au besoin celles qui leur paraissaient en
moins bonne situation. Mais des lois furent votées pour
empècher aussi cette monopolisation.
3e Enfin, on en arriva au système qui est le plus en usage
aujourd'hui. Laissant à chaque entreprise son autonomie
nominale et légale, on se contente de la supprimer en fait, en
créant une société en dehors d'elles à laquelle on attribue la
majorité des actions de chacune de ces entreprises : cette sur-
société étant toute-puissante dans l’administration de chaque
fabrique, elle l’est aussi en fait pour l'administration de
toutes ensemble. Ces sociétés gouvernantes sont elles-mêmes
le plus souvent aux mains de gros financiers auxquels on
décerne le titre de rois du pétrole, de l’acier, des chemins de
fer, etc., etc.
Le trust se distingue du cartel non pas seulement par le
lien plus étroit qui unit les associés et va jusqu’à la fusion,
mais aussi parce qu’il n'est pas seulement une organisation
commerciale mais une organisation de production. On a
dit du trust du pétrole que c’était la plus complète organi-
sation qu’il y ait eu en ce monde après celle de l’Église
catholique romaine! Le trust pousse au maximum les traits
caractéristiques de la grande industrie, tels que la concen-
tration, la localisation et l’intégration (1), comme aussi il
pousse à l'extrème les abus des sociétés par actions, tels que
la surcapitalisation des actions (2).
Les trusts, dont bien peu de personnes connaissaient le
nom il y a vingt ans et que nous n’avions pas jugé utile de
mentionner dans les premières éditions de ce livre, sont
(1) C'est ainsi que le trust de l'acier ne se contente pas de grouper les
forges mais aussi les mines de fer, et même les chemins de fer et canaux qui
transportent les minerais.
(2) La surcapitalisation, c'est-à-dire l'émission d'actions à un taux
majoré, a ici pour excuse l’anticipation de bénéfices attendus comme devant
résulter précisément de la constitution du monopole.
Gip£ P. R. 25e Edition.