LA MONNAIE MMÉTALLIQUE
ou l'empêcher de sortir de ceux qui en étaient pourvus; —
et, à cette heure encore, dans les préoccupations avec
lesquelles hommes d’Etat et financiers surveillent de l’œil les
entrées et sorties du numéraire, causées par les différences
des exportations et des importations. Le célèbre financier
Law écrivait encore au début du xvr1r' siècle : « une augmen-
tation de numéraire ajoute à la valeur du pays ».
Mais si on s’adresse aux économistes, la réponse sera bien
différente. On peut dire que c'est par une protestation contre
cette idée, qu’elle qualifit de préjugé, que l'Economie poli-
tique à révélé pour la première fois son existence. Elle venait
à peine de naître et balbutiait encore avec Boisguillebert
(1697) que déjà par sa bouche elle affirmait : « qu’il est très
certain que l’argent n’est point un bien de lui-même et
que la quantité ne fait rien pour l’opulence d’un pays ». Et
depuis lui, il n’est pas d'économiste qui n’aît traité le numé-
raire avec un parfait dédain et n'ait aflirmé que ce n'est
qu’une marchandise comme toutes les autres, et même bien
inférieure à toute autre, car par elle-même elle est incapable
de satisfaire directement aucun besoin ou de nous procurer
aucune jouissance, et c’est en conséquence la seule dont on
puisse dire que son abondance on sa rareté sont choses égale-
ment indifférentes. S'il y à peu de pièces de monnaie dans un
pays, chacune aura un pouvoir d'acquisition plus considé-
rable ; s’il y en a beaucoup, chacune aura un pouvoir d’ac-
quisition moindre. Que nous importe !
Ces deux opinions, si contradictoires qu’elles paraissent,
se concilient très bien. Le public a raison au point de vue
individuel, le seul qui l’intéresse ; les économistes ont raison
en faisant abstraction des individus, car l’utilité de la mon-
naie n’est pas la même pour la société que pour les individus.
Pour les individus, la monnaie a non pas une, mais trois
atilités distinctes :
1e Elle est le seul instrument d’acquisition direct.
Toute pièce de monnaie doit être considérée comme un
bon portant sur l’ensemble des richesses existantes et don-
nant droit au porteur de se faire délivrer une portion quel-
75