LA MONNAIE MÉTALLIQUE !
quantité de numéraire existant en France venait à décupler,
cela ne changerait rien sans doute à la situation respective
des Français les uns vis-à-vis des autres (en supposant que
l'augmentation fût proportionnelle pour tous), mais cela
changerait fort la situation de la France vis-à-vis des pays
étrangers, et les économistes ont eu quelquefois le tort, dans
leur luite contre le système mercantile, de sembler nier un
fait aussi évident. Il est bien vrai que, en raison mème de
leur abondance, les pièces de monnaie se trouveraient
dépréciées en France, mais elles conserveraient intact leur
pouvoir d’acquisition sur les marchés étrangers : la France
les emploierait à acheter des marchandises étrangères, et,
par conséquent, elle pourrait se procurer un accroissement
de satisfactions proportionnel à l’accroissement de son
numéraire.
La thèse des économistes que le plus ou moins d’abon-
dance du numéraire est chose indifférente, ne devient donc
absolument vraie que du moment où l’on embrasse par la
pensée, non plus certains individus ni même certains pays,
mais le genre humain dans son ensemble. Alors en effet l’or
ou l’argent monnayé n’ont plus’ d’autre utilité que des ins-
truments de mesure : il en faut une quantité suffisante pour
les besoins de l’échange, ni plus ni moins. Ces besoins aug-
mentant progressivement, il est bon que la quantité de
monnaie augmente parallèlement — et même, comme nous
allons le voir dans le chapitre suivant, il est désirable que
son accroissement soit un peu plus rapide que cclui des
besoins, mais il est certain que la découverte de mines d’or
cent fois plus abondantes que celles qui existent à ce jour ne
serait d’aucun avantage pour les hommes : ce serait même
un événement plutôt désagréable, car l'or, en ce cas, ne
valant pas plus que le cuivre, nous serions obligés de sur-
charger nos poches d’une monnaie aussi encombrante
que celle que Lycurgue voulut imposer aux Lacédémo-
niens,
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