; PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
Nous savons que toute variation dans la-valeur de la mon-
naie a pour conséquence immédiate une variation inverse
dans les prix (voir ci-dessus, p. 256); or, quand il n’y a
qu'une seule monnaie, il est à craindre querces variations ne
soient fréquentes-et brusques, qu’elles ne détraquent tout l’or-
ganisme commercial et ne provoquent des erises incessantes.
Quand on emploie, au contraire, pour mesurer les valeurs,
deux monnaies, alors il s’éfablit entre elles une sorte de com-
pensation très favorable à la stabilité des prix et par suite
aissi à la prospérité du commerce, car, dans les affaires,
c'est surtout la stabilité qui est à considérer. L’explication
de ce phénomène de compensation est un peu délicate, mais
il est facile cependant de s’en faire une idée.
Il faut remarquer d’abord que lès variations des deux
nrétaux seront nécessairement solidaires comme s’ils ne
faisaient qu’un. Ceci n’est qu’un cas particulier de la loi de
substitution (voir p. 52), laquelle veut que toutes les fois
qu’un produit peut être substitué à un autre dans la consom-
mation, leurs valeurs s’égalisent nécessairement. Si l’élec-
tricité peut remplacer parfaitement le gaz pour l’éclairage et
vice versa, le-prix de celui-ci se règle nécessairement sur le
prix de celle-là. Or, il n’est aucun cas de substitution plus
parfaite que celle du franc d’argent au franc d’or — ou vice
versa —‘en supposant un négime de bimétallisme vrai, c’est-
à-dire la frappe libre des deux métaux. Donc, tant qu’on
peut indifféremment employer l’un pour l’autre, l’un ne
saurait valoir plus ou moins que l’autre.
Ceci admis, ül faut se rappeler que la cause de la supério-
rité des métaux précieux, en tant que mesure des valeurs,
tient à ce fait que les variations de quantité sont peu de
chose relativement à la masse existante (voir ci-dessus,
p. 270). Or celte condition sera d’autant mieux remplie que
le stock métallique sera plus considérable et s’alimentera à
des sources différentes. Composé de deux métaux il formera
d’abord une :masse double, et, de plus, comme il est peu
prabable que les causes qui amènent un surcroît de produc-
tion de l’un ou de l’autre des deux métaux coïncident, les
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