J PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
Enfin, je vous rendrai encore un troisième service, celui
d’être votre caissier, de payer vos fournisseurs sur les indi-
cations que vous me donnerez,:ce qui vous sera très com-
mode ». C’est ce qu’on appelle le dépôt (1).
Là où ce langage est écouté et compris du public, les ban-
quiers peuvent se procurer par là, à très bon compte, un
capital considérable. Le dépôt est ainsi la source de vie des
banques : c’est par là qu’elles s’alimentent et, à leur tour,
alimentent l’industrie en capital circulant.
Pourtant, s’il faut attendre que le public vienne apporter
lui-même son argent disponible, comme il le fait par exemple
dans les caisses d’épargne, le montant des dépôts restera
assez limité. Il faut que le dépôt devienne automatique pour
que la source dont nous venons de parler coule à pleins
bords : et comment deviendra-t-il automatique? Là seulement
où les capitalistes, même les plus petits, prendront l’habi-
tude de déposer toute leur fortune, toutes leurs valeurs dans
les banques et de confier à celles-ci le soin de toucher leurs
revenus. Alors leur compte se grossit de lui-même, à chaque
échéance, du montant des coupons détachés des titres. Dans
les pays où cette habitude existe, comme en Angleterre et
aux Etats-Unis, tout l’argent oisif se trouve draîné de la cir-
culation et pompé par les banques où il trouve à s'employer
utilement.
Mais il est des pays, au contraire, où avoir un banquier
semble un luxe réservé aux millionnaires. T'el était naguère,
et tel est encore un peu aujourd’hui, le cas de la France : le
petit capitaliste aime à garder ses titres chez lui; il ne
croit les posséder que quand il les voit et, malgré les ennuis
de faire queue aux guichets, il préfère lui-même toucher ses
coupons. Une fortune mobilière déposée dans une banque
(1) Il ne faut pas prendre ici ce mot de dépôt dans son sens juridique. Le
dépôt proprement dit est chose sacrée à laquelle le dépositaire ne doit jamais
toucher, tandis que le dépôt d'argent en banque est une sorte de prêt que le
banquier se propose parfaitement d'utiliser et qu'il n'accepte même que pour
cela. Il en est de même différemment quand il s’agit d'un dépôt de titres,
que leur propriétaire laisse chez son banquier pour qu'il les garde et en touche
les revenus : en ce cas, le banquier ne peut en disposer.
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